Temps forts

Inscrivez-vous
Ecoutez MAritima RADIO en direct

16e. Sur le marché de Tarascon avec Vauzelle et Laupies

J. Darras J. Darras
Partagez cet article
  • Pratager sur Google+

Sur le marché de Tarascon (Bouches-du-Rhône), quand Michel Vauzelle, le président PS de la région Paca, croise son opposante du FN, Valérie Laupies, leurs "bonjour" sont empreints de la tension qui agite la circonscription où l'UMP a choisi de se retirer

Avec 28,98% des voix obtenues lors du premier tour des législatives, dans cette 16e circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe également les communes d'Arles et de Miramas, Mme Laupies pourrait être l'une des rares mariniste à pouvoir intégrer l'Assemblée dimanche grâce au retrait du candidat UMP Roland Chassain (22,62%), qui a appelé à faire battre M. Vauzelle.

Ce serait "un cas unique en France", selon le politologue Daniel Van Eeuwen, qui voit cependant mal Vauzelle battu, "en raison de son enracinement, de l'effort militant de la gauche (pour faire barrage au FN, ndlr) et du côté emblématique de l'enjeu", analyse-t-il auprès de l'AFP. Au 1er tour, la gauche (PS, EELV, FG) a totalisé près de 47,5% des suffrages dans la circonscription.

Brune fine et élégante, Mme Laupies enchaîne ce matin-là les bises aux mères de famille tout en distribuant ses tracts siglés du "Rassemblement bleu Marine".

"A Tarascon, elle est très populaire dans les quartiers, cela fait 17 ans qu'elle est directrice d'école en ZEP", glisse son mari, Frédéric, tandis qu'un militant du Front national estime la "victoire difficile mais jouable", rappelant que l'abstention s'est élevée à 40,84%.

Arpentant les allées, M. Vauzelle, le député sortant qui a réuni 38,40% des suffrages, serre de son côté des mains, engoncé dans une veste en velours sombre, une cravate noire, comme pour signifier que l'heure est grave: "c'est la République contre le FN", clame-t-il aux habitués des terrasses.

Selon Michel Crespy, maître de conférence en sociologie à Montpellier-III, il existe deux raisons à l'implantation de l'extrême droite dans cette zone: "Ce sont de vieilles terres de droite, où le poujadisme faisait de bons résultats".

"Et ce sont des régions très pauvres, qui concentrent chômage important et faible pouvoir d'achat. Un terrain favorable à des idées conservatrices, auxquelles sont fidèles les grands propriétaires du milieu camarguais et taurin", ajoute l'universitaire.

Evoquant pour sa part une "porosité" entre FN et droite républicaine, et prédisant "une honte et une catastrophe économique et morale" pour ces terres si son adversaire était élue, M. Vauzelle en profite pour remercier de son soutien le conseiller général (DVD) Lucien Limousin, élu en mars 2011 contre Mme Laupies grâce aux voix de la gauche.

"Je suis fier d'être de droite, issu de la pensée gaulliste et j'appartiens au camp de la liberté", affirme ce fils de déporté pour expliquer son geste.

Le pas rapide, M. Vauzelle poursuit sa route pendant que son entourage dit "espérer un sursaut de bon sens" de la part d'électeurs qui doivent "dépasser leurs peurs".

Pas sûr, souligne M. Crespy, car à l'image de Mme Laupies, qui revendique une "famille mitterrandienne" et qui a été "séduite par les idées souverainistes de Jean-Pierre Chevènement avant de militer au FN", les candidats frontistes "sont en train de se normaliser", tout comme leurs électeurs.

"Si on regarde les transferts de voix, l'électorat du FN et de l'UMP est aux deux tiers le même: la campagne de Sarkozy en 2007 les a totalement décomplexés", poursuit l'universitaire.

Un sentiment que partage Mme Laupies, qui assure que les électeurs de M. Chassain se disent "soulagés" depuis la décision du candidat UMP, dont Jean-François Copé demandera l'exclusion du parti au bureau politique mercredi prochain: "ils peuvent désormais voter pour moi sans complexe", glisse-t-elle dans un sourire.

afp