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L'huile de palme de La Mède n'est pas 100% durable selon Greenpeace

G. Saucerotte G. Saucerotte
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Alors que des activistes de Greenpeace ont mené une action au sein et devant la bioraffinerie de La Mède, le groupe a enquêté sur la chaine d’approvisionnement de Total, "avec entre autres une investigation de terrain effectuée en Indonésie, Greenpeace France a rassemblé des éléments prouvant que, contrairement à ce que prétend Total, l’huile de palme utilisée pour la bioraffinerie de la Mède est très loin d’être garantie 100 % durable, comme l’affirme pourtant le pétrolier

Le rapport « Total carbure à la déforestation » publié aujourd’hui démontre que, tout au long de la chaîne d’approvisionnement revendiquée par Total, les flux de matières premières ne sont pas séparés physiquement et que, par conséquent, il n’y a aucune traçabilité réelle sur l’huile de palme importée à la Mède.

Pire, l’enquête de terrain démontre que cette huile de palme est contaminée par des huiles d’origine illégale : approvisionnements auprès de plantations illégales (dans le parc national de Tesso Nilo), transports par des camions non immatriculés, conflits sociaux liés à des plantations, moulins liés à des coopératives condamnées par la justice pour pratiques illégales etc.

« Sans surprise, la durabilité vantée par le PDG de Total Patrick Pouyanné ne se vérifie malheureusement pas sur le terrain », souligne Clément Sénéchal, chargé de campagne climat et forêt. « Ces révélations illustrent parfaitement les risques que fait courir la production d’agrocarburants pour le climat et la biodiversité. Total n’est pas en mesure aujourd’hui de garantir que les huiles utilisées sur le site de La Mède ne contribuent pas à la déforestation. En fait, nous avons la preuve du contraire ».

Ces révélations contredisent les promesses de Total. Patrick Pouyanné, le PDG de Total, a en effet affirmé en juillet 2019 que l’huile de palme utilisée provenait de concessions qui « ne sont pas des terres qui viennent de la déforestation ».

C’est d’ailleurs ce que stipule l’arrêté d’autorisation d’exploitation signé le 16 mai 2018 par la Préfecture des Bouches du Rhône, qui impose deux exigences cumulatives, à savoir le respect de critères de durabilité et l’absence de participation à la déforestation : « Par ailleurs, l’exploitant doit s’assurer que les huiles végétales importées ne participent pas à la déforestation et mettre en place des critères permettant de garantir le respect de cet objectif » [3].

Le rapport de Greenpeace démontre également que Total ne respecte pas les règles de la certification dont l’entreprise se prévaut en ce qui concerne les agrocarburants, l’International Sustainability and Carbon Certification (ISCC).

Pour Clément Sénéchal, « La responsabilité de Total aujourd’hui, c’est aussi la responsabilité du gouvernement et d’Emmanuel Macron. Le président français ne peut pas prétendre protéger les forêts et laisser son pays importer des matières premières qui ravagent des forêts tropicales. Il ne peut pas rester impassible face aux mensonges de Total ».

Des révélations déposées dans un mémoire au tribunal

Greenpeace France, FNE 13 (Marseille), FNE PACA, FNE, la LPO et les Amis de la terre ont déposé le 4 juillet 2018 un recours en annulation contre l’arrêté préfectoral du 16 mai 2018.
Sur la base des révélations du rapport rendu public aujourd’hui, Greenpeace France déposera un nouveau mémoire au tribunal administratif de Marseille cette semaine.

La déforestation importée, une complaisance française

Le dernier rapport sur l’état de l’environnement en France (REE), publié tous les quatre ans par le commissariat général au développement durable et rendu public la semaine dernière par le ministère de la Transition écologique et solidaire, a souligné l’impact de la déforestation importée de la France sur les forêts tropicales [3].
Le rapport précise que « L’empreinte écologique de la France liée à ces importations représente 14,8 millions d’hectares, soit plus d’un quart de la superficie de la métropole et la moitié de la
surface agricole française. Environ 5,1 Mha se trouvent dans des pays présentant un risque élevé de déforestation (Argentine, Brésil, Chine, Côte d’Ivoire, Indonésie, etc.). »

(Greenpeace France)