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Fermeture de classes à Port de Bouc : Laurent Belsola écrit au ministre de l'Education

J. Darras J. Darras
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Le futur maire de Port de Bouc, élu en mars, Laurent Belsola vient d'adresser un courrier au ministre de l'Education nationale après avoir eu connaissance d'une possible fermeture de deux classes sur Port de Bouc et plusieurs dans toute la région

Courrier à retrouver ci-dessous :

"Monsieur le Ministre, 

La crise sanitaire inédite que traverse notre pays met en lumière la contribution incontestable des services publics français dans la lutte contre les inégalités sociales. 

Chaque jour, chaque nuit, les services publics hospitaliers témoignent de leur compétence, de leur professionnalisme et de leur dévouement exceptionnel pour soigner et sauver des milliers de patients malgré les conditions de démantèlement subi par le service public de la santé en particulier et les services publics en général. 

Le Président de la République lui-même et l'ensemble de son gouvernement ont dû reconnaître le besoin d'étoffer le service public de moyens humains, matériels et financiers. Considérant que tout service public constitue un maillon indispensable et indissociable de la chaîne de solidarité nationale, considérant qu'un seul maillon manquant peut déstabiliser les valeurs de la République, nous espérons que, d'ores et déjà, le gouvernement se positionne pour une gestion humaniste de tous les services publics. 

Vous conviendrez que, pour être en accord avec vos déclarations, cette gestion nouvelle doit accorder les moyens nécessaires à l'exercice d'un fonctionnement socialement efficace. 

C'est pourquoi, mon équipe et moi – même, nous nous étonnons d'apprendre votre souhait de fermetures de classes massives en France. Dans une phase historique où les enseignants, les familles et les Villes doivent se surpasser pour dispenser aux élèves un enseignement de qualité, malgré le confinement et ses difficultés, dans une phase où les inscriptions scolaires ne peuvent être effectuées normalement, cette option me semble inadéquate et source de nouvelles inégalités. 

Concernant Port de Bouc, à l'issue de la tenue du CTSD et du CDEN du mardi 7 avril, vos services académiques ont décidé de la fermeture de deux classes élémentaires à Port de Bouc. S'agissant de 2 classes en REP+ dont les enfants connaissent des difficultés certaines, ces fermetures pénaliseraient à n'en point douter les enfants et les enseignants.

Monsieur le ministre comment imaginer, que l'an dernier vous nous intégriez au dispositif « Cité éducative » et à la Dotation Politique de la Ville et que cette année vous envisagez la suppression de classes ? Monsieur le ministre, comment imaginer que l'an dernier vous nous disiez « vouloir faire de l'Éducation dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville une priorité et de l'École le creuset de notre République » et envisager aujourd'hui de supprimer des classes REP+ dans nos quartiers ? 

Vous conviendrez Monsieur le ministre, de notre désarroi. Incompréhension d'autant plus grande qu'aujourd'hui, personne ne peut ignorer les inégalités induites par « l'école à la Maison ». Dans notre ville, beaucoup de parents nous témoignent de leurs difficultés à pouvoir accompagner la scolarité de leurs enfants durant cette période de confinement. Ils remercient chaque jour l'investissement inestimable des enseignants qui ont su associer professionnalisme et créativité pour captiver les élèves à cette nouvelle donne, mais le constat dans notre ville est sans appel : ce fonctionnement correspond à un modèle d'élève précis; celui des couches sociales supérieures bénéficiant du cadre de travail et de toutes les aides techniques et pédagogiques dans le cadre familial. Pour les autres, c'est à dire la plupart des élèves accueillis dans nos écoles, connexion, terminal, imprimante, soutien pédagogique... tout ou partie fait défaut. Résultat: ceux qui sont déjà à la peine vont se retrouver lâchés, dans une école de la République dont l'universalité est ainsi mise en cause. 

Oui, l'école « à la maison » accroît les inégalités scolaires dans nos quartiers populaires, c'est une véritable bombe à retardement supplémentaire. 

Demain, un long travail sera nécessaire pour rattraper le retard accumulé. Vous devez en tenir compte pour adapter votre action pendant le confinement et après le confinement. 

Le président de la République, Emmanuel Macron, a affirmé tirer les conséquences de cette crise sanitaire, en précisant que plus rien ne serait comme avant, et cela quoi qu'il en coûte. Cela doit être vrai aussi pour l'éducation. Nous vous demandons donc un moratoire sur la fermeture des classes à la rentrée 2020-2021 ainsi qu'un grand plan de relance massif pour l'école publique dans l'Éducation Prioritaire, pour finir l'année scolaire et pour la rentrée prochaine. 

Ce grand plan pourrait notamment s'appuyer sur des cours de rattrapage lors des vacances scolaires pour tous les enfants des écoles en REP et REP+, sur le renforcement des Rased qui restent dépourvus d'enseignant.e.s spécialisé.e.s et de psychologues ainsi que sur une politique de formation et de recrutement ambitieuse. 

Monsieur Blanquer, n'ajoutez pas une crise scolaire à la crise sanitaire ! Avec l'ensemble de mon équipe, nous nous faisons porte-parole de la population pour dire : Non à la fermeture des classes, Oui à la relance d'un grand service de l'École publique et de l'Éducation. 

Dans l'attente d'une réponse favorable, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le ministre, en l'expression de mes salutations distinguées."