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Bernard Tapie l'insubmersible (portrait)

J. Darras J. Darras
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Bernard Tapie, 69 ans, qui vient de mettre la main sur les derniers journaux du groupe Hersant, est un inlassable battant qui, après avoir fait fortune dans les affaires, goûté la gloire dans le football et brillé en politique, a connu la prison avant de renaître comédien et de revenir aux affaires

Né le 26 janvier 1943 à Paris dans une famille modeste, il devient vers 30 ans une vedette des affaires, grâce à des reprises d'entreprises en difficultés.

En quelques années, il en reprendra une cinquantaine, ce qui lui vaudra le surnom de "Zorro des entreprises". Incarnation de la réussite sociale dans les années 1980, il se bâtit un empire (groupe Bernard Tapie Finances), vit dans un bel hôtel particulier à Paris et s'offre un gigantesque yacht, le "Phocea".

Passionné de sport, il se lance dans le sponsoring sportif (Bernard Hinault en 1985 et Greg LeMond en 1986 gagnent le Tour de France sous les couleurs de l'une de ses entreprises), puis rachète en 1986 l'Olympique de Marseille.

Son plus gros "coup" sera le rachat en 1990 d'Adidas, dont la revente par le Crédit Lyonnais à Robert-Louis Dreyfus, qu'il estime frauduleuse, débouche sur une longue bataille judiciaire conclue par un arbitrage en sa faveur en 2008.

Le tribunal arbitral condamne alors le Consortium de réalisation, l'organisme public chargé de gérer le passif du Lyonnais, à verser 285 millions d'euros à Bernard Tapie. Une décision polémique dans laquelle certains voient la main de l'Elysée. La Cour de justice de la République (CJR) a ouvert une enquête sur le rôle joué dans cet arbitrage par la ministre de l'Economie d'alors, Christine Lagarde, aujourd'hui patronne du FMI.

Tapie se lance aussi en politique en se présentant en 1988 aux législatives à Marseille, aux régionales en 1992, aux européennes en 1994.

Son sommet politique sera son entrée en avril 1992 dans le gouvernement socialiste de Pierre Bérégovoy, comme ministre de la Ville. Il démissionne un mois plus tard, anticipant une mise en examen dans l'affaire Toshiba-France qui l'oppose au député RPR Georges Tranchant. Un non-lieu, le 18 novembre 1992, lui permet de retrouver son portefeuille le 24 décembre.

Sa gouaille lui vaut une auréole de pourfendeur du Front national et de défenseur des jeunes de banlieue.

Il atteint son apogée avec la victoire historique de Marseille dans la Ligue des Champions en 1993. Mais la fortune l'abandonne brutalement lorsque éclate le scandale du match truqué Valenciennes-OM.

Dès lors, les foudres de la justice s'abattent sur lui, entraînant quatre condamnations majeures, une incarcération de six mois, la perte de ses mandats électifs et la fin de sa carrière d'homme d'affaires.

Sorti de prison en juillet 1997, il n'est pas abattu mais change de vie.

Au début des années 2000, il est sur tous les fronts des médias et des spectacles, avec des émissions de radio, des campagnes de publicité, un roman et plusieurs rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma.

En 2009, fort des 285 millions d'euros qu'il a reçus de l'État, Tapie revient aux affaires en rachetant un peu plus de 1% du groupe Club Med pour 2,5 millions d'euros. Quelques mois plus tard il revend sa part et encaisse une importante plus-value.

En 2010, il s'offre pour 40 millions d'euros un yacht de 75 mètres, Reborn (renaissance en anglais), qu'il propose à la location.

En mettant la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont La Provence, Bernard Tapie s'apprête à revêtir un nouvel habit: celui de patron de presse. Une opération interprétée par la classe politique marseillaise comme un premier pas vers la mairie.

Marié deux fois, Bernard Tapie est père de quatre enfants.

afp