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Le Martégal Abdelatif Alouach champion du monde d'apnée: "être demain meilleur que moi-même!"

  • Sports
  • 01/09/2022 à 14h50
  • 05:26
Abdelatif Alouach photo archive DR

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J. Darras J. Darras
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Trois nouveaux titres de champion du monde d'apnée pour Abdelatif Alouach. Il les a obtenu la semaine dernière à Roatan au Honduras, avec notamment une descente de 111m en poids constant bi-palmes, dans le cadre d'une compétition organisée par l'AIDA. Un superbe exploit surtout que le Martégal a subi un grave accident de vélo l'hiver dernier.

 Interview maritima: le Martégal Abdelatif Alouach champion du monde d'apnée

On ne compte plus le nombre de titres et de records qu'il possède. Depuis ses débuts en apnée sportive en 2018, Abdelatif Alouach a gagné une pléiade de médailles que ce soit aux championnats de France ou du monde, avec notamment un record du monde à -115m obtenu en 2021. Le Martégal vient de remporter un nouveau titre de champion du monde la semaine dernière à Roatan au Honduras avec une descente à 111m en poids constant bi-palmes, dans le cadre d'une compétition organisée par l'AIDA (l'Association internationale pour le développement de l'apnée).

Nous l'avons rencontré hier dès son retour à Martigues. Fatigué par un très long voyage, celui qui rêve maintenant d'ouvrir une école d'apnée à Martigues (comme il l'a fait à Ajaccio) se confie avec un grand sourire et une énorme disponibilité.

 

Maritima: vous venez d'être champion du monde d'apnée, est ce que ce titre a une saveur particulière car vous reveniez de blessure?

Adbel Alouach : c'est vrai que cette saison a démarré avec des difficultés. J'ai fait une chute à vélo assez grave cet hiver. J'ai aussi du rester un mois sans aller à l'eau après une autre blessure en plongée qui a encore ralenti ma préparation. Avec mon entraineur nous étions septiques pour les échéances mais, avec beaucoup de sérieux, on n'a pas lâché l'affaire et on a tout mis dans l'entrainement!

Là je reviens avec trois titres de champion du monde dans trois disciplines différentes et un titre de vice champion, c'est gigantesque! Je ne vais pas dire que c'était inespéré parce que l'objectif était de réitérer le titre de l'an passé mais il y avait ce challenge de revenir de blessure. Cette année j'ai aussi commencé à performer dans la monopalme que je ne connaissais pas. Je me suis beaucoup entrainé à la piscine Avatica à Martigues, j'ai fait beaucoup d'entrainement technique et j'ai pu faire la compétition en monopalme et remporter mon 1er titre de champion du monde dans cette catégorie.

 

Maritima: quand vous sortez de l'eau, que vous savez que vous avez remporté le titre, qu'est ce qui se passe dans votre tête?

Abdel Alouach: moi je suis vraiment quelqu'un de super sensible mais aussi de très pragmatique. En général quand je finis une plongée je suis déjà sur la suite. Il y a quand même beaucoup d'émotion à chacune de mes sorties, ça se voit sur mes vidéos, souvent les larmes prennent un peu le dessus, y a une explosion émotionnelle mais c'est juste car avant je bride mes émotions, je m'enferme dans une bulle et je ne réfléchis plus qu'à travers mes performances, ma plongée. Il y a beaucoup de planification, de stratégie. Une fois que c'est fait les émotions sortent directement... mais je ne réalise pas de suite que j'ai été champion ou pas! Je pense d'ailleurs qu'il va me falloir un peu de temps pour digérer tout ça. 

 

Maritima: et là vous avez réalisé ou vous êtes focalisé sur l'avenir?

Abdel Alouach: dès qu'on a fini la compétition, il y a eu la remise des médailles et le retour à la maison. Ca été très long, on était sur une île du Honduras assez loin, avec trois jours de voyage pour revenir, plusieurs vols et des escales de plus de 10h. Après j'ai pu savourer un peu le moment avec ma famille, on a revu ce que j'ai fait mais je suis déjà à l'étape suivante! Début octobre il y a en Turquie les championnats du monde d'une autre fédération. Il faudra que je sois au niveau donc très vite mon esprit va être occupé par ça! Je vais reprendre les entrainements en piscine et en mer pour revenir progressivement au top de ma forme.

 

Maritima: vous êtes de nombreux français à performer en apnée, ça aide?

Abdel Alouach: on le sait la France et l'Italie sont les berceaux de l'apnée notamment en compétition. Je suis dans le monde de l'apnée depuis à peine 5 ans - avant j'étais dans la pêche sous-marine - et je suis un des plus vieux de l'équipe de France mais c'est vrai qu'on est une nation très forte avec des athlètes hors norme. On a des gens qui rendent l'apnée plus populaire, qui donnent du sens à tout ce qu'on fait. Faire de la compétition en apnée c'est "juste descendre le long d'un câble", les gens ne comprennent pas tout ce qu'on fait. Mais aujourd'hui on est un peu écouté, regardé et le grand public comprend un peu mieux notre délire.

 

Maritima: quand vous descendez en profondeur vous pensez à quoi?

Abdel Alouach: il faut déjà savoir qu'il y a différentes façons de faire. Aujourd'hui le monde de l'apnée en compétition est hyper varié. Aucun sportif ne ressemble à l'autre. Certains sont musclés, effilés, trapus, grands, petits, végétariens ou non,...  et la façon de plonger est aussi à chaque fois différente. Le but ultime c'est de se retrouver soi-même, d'être focalisé sur soi, sur ce qui se passe dans notre corps, dans notre esprit. Quand je plonge tous les paramètres  sont parfaitement réglés, c'est de l'horlogerie fine, il n'y a rien d'hasardeux, tout est calculé. En vérité, pendant la plongée je ne pense à rien sauf à ce que je dois faire, il y a tout un mécanisme qui se met en place du départ jusqu'à la remontée. Je ne suis pas absent, je n'écoute pas de musique, je suis dans ce que je fais à l'instant T.

 

Maritima: vous avez gagné tous les titres, qu'est ce qu'on peut vous souhaiter maintenant? Un nouveau record peut-être?

Abdel Alouach: j'ai déjà un record du monde, ça me tenait à cœur. Je ne suis pas adepte du "celui qui est le plus fort"! Tout a commencé car j'étais en grande difficulté dans ma vie. On me disait que je n'étais plus bon à rien! Mon défi c'était de dire "si! Je peux faire des choses et faire ce que j'aime!" Je m'entraine beaucoup, je me surpasse et je fais au mieux. A chaque fois j'essaye d'être meilleur de jour en jour. Ce qu'on peut me souhaiter c'est d'être meilleur demain, pas meilleur que les autres mais meilleur que moi-même!

 

Entretien réalisé par JM Darras