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Le Fosséen Edouard Choquet en mode confinement nous parle de basket et de son association

  • Sports
  • 05/05/2020 à 09h40
  • 11:04
K. Attab K. Attab
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Début d'une série d'interviews réalisés avec des sportifs ou des représentants de clubs
de notre territoire. Aujourd'hui le meneur de jeu des BYers de Fos-sur-Mer en Pro B, Édouard Choquet...

Retrouvez un entretien XXL avec Édouard Choquet le joueur de Fos Provence Basket. Il y est question de confinement, de basket, mais aussi des projets développés par le Champion de France 2016 avec l'ASVEL..

Maritima : Edouard Choquet bonjour, avant de parler basket on va prendre de tes nouvelles un peu, comment ça va et comment se passe ce confinement ?

Edouard Choquet (meneur de jeu Fos Provence Basket) : "Salut Karim et merci de m'accueillir toi aussi. C'est vrai que c'est une situation compliquée pour tout le monde, on avait l'habitude de se croiser souvent à la Halle Parsemain et c'est toujours plus agréable que de se voir en vidéo, mais après on fait avec, on s'habitue comme tout le monde. Après pour prendre des nouvelles, et bien ça va, je pense qu'on est pas les plus à plaindre, mais le basket manque, le public manque, la salle, mais au final on ne va pas se plaindre, on essaie d'apprendre à vivre différemment."

Qu'est ce que tu fais pour meubler le confinement ? Je sais que tu as une belle petite famille, ça doit prendre du temps, mais il faut réussir à s'organiser...

"Oui ça n'a pas été simple au début, il fallait un peu trouver un rythme, je me suis improvisé prof de CP. J'essaie de jouer aussi beaucoup avec mon fils qui est plus petit et qui n'est pas encore à l'école. Un des trucs que j'ai remarqué au début du confinement, c'est que finalement on apprend à nouveau à passer du temps en famille, c'est agréable aussi. Chose qu'habituellement on fait moins, parce qu'on est pris par les activités, par les déplacements, par les matchs etc... Bref c'est une autre façon de vivre, on apprend à prendre le temps. Après il faut quand même garder la forme physique le plus possible, c'est difficile mais il faut le faire, et puis après moi j'ai plein d'activités, j'arrive à m'occuper l'esprit, et j'ai la chance d'avoir beaucoup de choses à faire avec internet etc..."


Physiquement comment vous vous êtes entretenu depuis le début du confinement ?

"Bien je te cache pas que c'est très difficile, ne serait-ce que par ce que le fait que techniquement on n'est pas autorisé à sortir beaucoup. On peut le faire, moi j'ai un jardin, on a la chance d'avoir un extérieur pour pouvoir travailler un peu dehors, mais au final c'est un peu complexe.
C'est différent de d'habitude ça peut-être des exercices de ''cardio'' à l'intérieur, de la corde à sauter, un peu de ''muscu'' à poids de corps, des choses comme ça, c'est pas simple.
On a notre prépa physique qui nous aide, on a des programmes spécifiques qui peut nous envoyer. Après le terrain manque, le panier manque, c'est des choses qui sont vraiment différentes donc c'est pas ce que je préfère mais il faut le faire, car au moment ou on va pouvoir ressortir et retravailler il faudra avoir le moins de retard possible."

On va parler de basket et de Fos. Il y a eu plusieurs annonces qui ont été faites par la LNB, la dernière en date, c'est que la saison ne reprendrait pas, ou alors elle ne reprendrait pas avant septembre. Comment vous les joueurs vous appréhendez ces annonces ? Est-ce que tu trouves ça normal par rapport à la crise sanitaire ?

"Je pense qu'il y a un peu deux façons de se positionner. Y a une première façon qui voit la chose en disant aujourd'hui on ne sait même pas si le 11 mai on pourra sortir de chez nous, c'est encore complexe encore, et c'est vrai que j'ai remarqué qu'il y a eu beaucoup de déclarations dans la presse d'entraîneurs, de joueurs, dans tous les sports confondus sur comment trouver le moyen de terminer la saison, les droits TV etc, et c'est vrai qu'il y a eu une grosse démarche économique et c'est compréhensible, notamment dans le football ou c'est un peu différent, et au final tout le monde a essayé de donner son avis sur le fait de reprendre, et au final y a pas eu énormément de positionnement en disant que peut-être il faudrait prendre le temps, et réfléchir un peu... Aujourd'hui pour moi en tous cas, en tant que citoyen presque au-delà du sportif, j'ai envie dire que le sport ça passe en second, alors je sais que c'est difficile d'entendre ça parce que c'est notre passion et moi c'est mon métier, mais à la fin est-ce que c'est raisonnable aujourd'hui de dire qu'on va reprendre le sport à 20 ou 30 ou 40 dans les salles, et du public etc... à un moment donné c'est des questions qu'il faut se poser aussi. Donc c'est important de le dire. Nous on sait qu'on ne jouera pas jusqu'au mois de septembre. Après ils réfléchissent à trouver le moyen de finir la saison malgré tout. Il y a tout un tas de propositions qui ont été faites, assez alambiquées. A un moment donné il faudrait aussi prendre un peu de recul et dire c'est une situation inédite, c'est un truc exceptionnel qui n'est jamais arrivé, peut-être que ça peut être bien de prendre ce recul-là et de dire on prendra les décisions exceptionnelles quand il le faudra."

Et toi quel est ton avis personnel sur ce sujet ?

"Pour moi il faut passer à autre chose. Aujourd'hui c'est une situation exceptionnelle. Tout le monde essaie de se raccrocher aux branches, notamment ceux qui ont des intérêts évidemment. Le problème là-dedans, c'est qu'à la fin, tous les intérêts, on va dire personnels, viennent en jeu, c'est à dire ceux qui sont parmi les leaders ils disent «faut qu'on continue, faut qu'on récupère» parce qu'ils ont de bons résultas et c'est normal. Ceux qui sont en passe de descendre, ils disent que ça serait bien de passer à autre chose, voilà à mon sens aujourd'hui, dire qu'on va finir (parce que ça a été évoqué), dire qu'on pourrait finir la saison 2019-2020 en 2021, c'est inconcevable je pense.
Donc si je devais donner mon avis personnel : c'est de faire une croix sur ce qui s'est passé. Malheureusement on a tous perdu notre temps, parce qu'au final il n'y aura pas de vainqueurs et de perdants, mais à mon avis il faut se rendre à l'évidence que ce qui arrive est exceptionnel, et qu'avec ça il faut prendre les décisions qui vont avec."

Si on fait un retour sur la saison sportive, tout ce qui a été joué en 2019-2020 aura été compliqué pour Fos ?

"En prenant un peu de recul car ça fait maintenant plus d'un mois qu'on est arrêté, il faut se rendre à l'évidence que la saison a été difficile. Après quand ça s'est arrêté, on était sur une dynamique meilleure, je ne dis pas qu'on était en passe de faire les play-offs mais en tous cas on avait bien raccroché le bon wagon on va dire, enfin pas loin en tous cas... on était bien loin des places de relégables.
Ça nous a un peu coupé dans notre élan, mais il faut se rendre à l'évidence qu'on ne peut pas dire qu'on était en train de faire une belle saison par rapport aux attentes qu'on pouvait avoir en août."

Le basket c'est un peu particulier, par rapport au fait qu'il y a beaucoup de joueurs étrangers qui sont rentrés chez eux pour vivre leur confinement auprès de leur famille, c'est une autre difficulté de la reprise potentielle du basket ?

"Et oui là tu touches un point qui dépasse le cadre du sport. C'est à dire qu'on a toujours été habitués dans nos ligues à avoir beaucoup d'étrangers et qu'au final on va se retrouver peut-être dans une situation ou, ok demain on peut reprendre le sport mais comment ont fait si les frontières sont fermées ? C'est aussi simple que ça, c'est à dire que si au mois de juillet ou en août, on nous dit : ''désolé nous on craint encore une seconde vague, donc les frontières sont fermées, aucun étranger ne vient en France même pour travailler'' qu'est ce qu'on fait ?
Aujourd'hui en Jeep Elite tu as six étrangers par équipe, en Pro B tu peux en avoir jusqu'à quatre. Donc ça fait quasiment la moitié des effectifs qui sont des joueurs étrangers. Donc aujourd'hui qu'est-ce qui arrive si demain on dit que les frontières sont fermées ? Donc oui c'est peut-être finalement un mal pour un bien, dans le sens ou tu peux te dire, est-ce que c'est pas le moment aussi de repenser ça, et de te dire qu'on est tellement dépendant de la mondialisation et tout ça, et de te dire que c'est peut-être le moment d'aller chercher des joueurs dans notre terroir. C'est pas pour faire de la ségrégation, c'est pas le but mais au final on se rend compte qu'il n'y a rien qui peut garantir au mois d'août on pourra avoir les effectifs qu'on a l'habitude d'avoir que ce soit en Jeep Elite ou en Pro B." 

Est ce que tu réfléchis à la suite de ta carrière? Et est-ce que cette période d'interruption t'a amené à avoir une réflexion un peu plus poussée sur l'après-basket ?

"C'est une réflexion que je mène depuis déjà quelques années, donc à la limite c'est pas la période qui m'a poussé là-dedans, ça m'aide à avancer dans les projets, car j'ai plus de temps par la force des choses. Après à titre perso, finalement à part le fait d'avoir plus de temps pour préparer d'autres projets, notamment via mon asso, finalement ça n'a pas changé grand-chose sur la réflexion. Par contre là ou tu touches un point intéressant, c'est que je pense que pas mal de joueurs, de sportifs de haut niveau vont se retrouver dans une situation compliquée. Qu'est-ce qu'on est si on est pas des joueurs de basket ? Des sportifs de haut niveau ? Aujourd'hui il s'avère que jusqu'à nouvel ordre, on est presque plus rien tu vois. On a la chance d'être sous contrat, on est au chômage partiel, on arrive encore à vivre et à être payer donc c'est pas un problème, mais au final, j'imagine ceux qui n'ont pas d'enfants, ceux qui n'ont pas nécessairement de projets, et bien qu'est-ce que tu fais de tes journées ? Tu vois ça doit être compliqué au bout d'un moment...A titre individuel qu'est-ce-que tu es quoi ?"

Peux-tu nous parler de ton association, quel est son rôle ? J'ai vu des interviews très sympas passer récemment...

"Je veux te piquer ton taf (rires). Mon asso s'appelle « Grandir sous la même étoile », elle a un peu moins de deux ans. L'objectif pour moi c'est d'être dans une démarche de transmission. C'est à dire que je considère qu'en tant que sportif de haut niveau on a beaucoup d'avantages. On est beaucoup mis sur le devant de la scène. Mais aussi je pense qu'on on a beaucoup de choses à raconter, d'expériences à partager et c'est quelque chose qui me plaisait de pouvoir dire que j'allais transmettre ça. Donc j'ai créé une structure pour ça. Donc via l'asso, je fais vraiment beaucoup d'activités. Donc au début l'objectif c'était d'aller dans les clubs, les écoles, les centres sociaux. Partager autour du basket, autour des valeurs du sport, et puis ça s'est transformé sur des petits échanges autour de la lecture, de la poésie, de la chanson... pas mal de choses qui allaient un peu au-delà du cadre du sport. J'ai même emmené l'an dernier une classe à Paris visiter une entreprise, qui fait du matériel éducatif pour les enfants, ça a été vraiment une super expérience.
Donc aussi je fais du basket, basket pur, c'est à dire que j'organise des évènements de baskets trois contre trois, notamment car je pense que le basket 3x3 à cette vertu populaire au sens large qu'elle attire du monde et ça peut aussi aider des jeunes."

Et par rapport au confinement, tu t'es spécialisé dans des interviews avec des gens qui évoluent dans le basket et dans le sport ?

"J'essaie de me servir du confinement pour essayer de créer des supports qui pourraient me servir à terme. C'est pour ça que j'ai créé ces interviews ou le but ça va être, ou plutôt c'est d'interviewer les sportifs de haut niveau, et du coup je vais aller plus loin maintenant avec d'autres corps de métiers. Et le but c'est de parler un peu de parcours de gens exceptionnels qui racontent comment ils sont arrivés à leur plan de carrière de haut niveau, donc c'est hyper intéressant car moi ça va me donner du matériel pour la suite et au-delà de ça, c'est toujours intéressant d'échanger avec des personnes qui ont un vécu assez exceptionnels."

 

D'autres thèmes sont abordés dans cet entretien "Format XXL".
Désolé pour la qualité de la visio, pendant cette période de confinement les connexions internet sont de qualité assez "inégales"...

(interview Karim Attab, Maritima Médias)