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Vitrolles. Déjouer la malédiction du monolithe noir

Le Stadium de Vitrolles en proie à la désolation.

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Le Stadium de Vitrolles en proie à la désolation.

Sur le bâiment ont fleuri tags et autres peintures...

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Sur le bâiment ont fleuri tags et autres peintures...

Le palmier, comme un totem post moderne.

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Le palmier, comme un totem post moderne.

Le public devait descendre sous une sorte de dolmen en béton pour pénétrer dans la salle.

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Le public devait descendre sous une sorte de dolmen en béton pour pénétrer dans la salle.

Béton noir brut de décoffrage et éclats de plexiglass colorés en guise d'ouvertures.

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Béton noir brut de décoffrage et éclats de plexiglass colorés en guise d'ouvertures.

Le dolmen, séparé du monolithe constitué par le cube principal.

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Le dolmen, séparé du monolithe constitué par le cube principal.

Sous le dolmen par où entraient les spectateurs.

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Sous le dolmen par où entraient les spectateurs.

Le Stadium et son palmier, attirent le regard comme un aimant.

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Le Stadium et son palmier, attirent le regard comme un aimant.

Le béton, teinté dans la masse, trop en avance à l'époque... mais toujours en bon état.

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Le béton, teinté dans la masse, trop en avance à l'époque... mais toujours en bon état.

Un escalier minimaliste et  très original...

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Un escalier minimaliste et très original...

Le Stadium de Vitrolles va-t-il renaître de ses cendres ?

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Le Stadium de Vitrolles va-t-il renaître de ses cendres ?

R. Reponty R. Reponty
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L'ancienne salle de concert Le Stadium cumule tous les records : budget de construction minimaliste, esthétique sidérante, acoustique exceptionnelle, ouverture éclair, et, depuis sa fermeture en 2000, tentatives de réhabilitation ratées, à moins que...

 Enzo Rosada, l'étudiant en Architecture qui veut sauver le Stadium.
 Loïc Gachon, maire de Vitrolles.
 Balade autour du Stadium.

A croire peut-être qu'un esprit maléfique, ou en tous cas un peu tumultueux, plane autour de ce site digne d'un décor de film de science fiction. Perdu le long de la D9 qui mène à la gare d'Aix TGV, juché sur une coulée de bauxite rouge, s'impose l'énorme cube de béton brut couleur charbon... monumental ! En s'approchant, les détails accrochent le regard : un palmier de métal planté comme un totem, une entrée en trémie vers des profondeurs mystérieuses, et une multitude de petits triangles rouges constellant ses quatre faces.
Construite à la fin des années 90 la salle polyvalente vitrollaise fait ses débuts à une période sulfureuse pour la ville qui passe aux mains du FN. L'équipement inauguré par le maire PS Jean-Jacques Anglade, un an avant les élections qu'il perdra, n'est pas du goût du nouveau maire frontiste Bruno Mégret ou plus exactement son épouse Catherine Mégret, car c'est elle qui le remplacera à la tête de la mairie, suite à une invalidation de l'élection par le Conseil d'État.
Bien que le bâtiment soit encore en travaux, le jeune groupe de rap marseillais IAM fera un tabac en étrennant la scène du Stadium. Un énorme succès aussi bien public que critique. Tous les spécialistes découvriront alors un lieu à l'acoustique exceptionnelle et à l'ambiance hyper chaude.
D'une capacité de 5000 places, conçue comme temple dédié à la culture, aux concerts, aux spectacles... par l'architecte Rudy Ricciotti (l'auteur du Mucem), la salle peut aussi accueillir des rencontres sportives de haut niveau notamment pour le club de handball local l'OM Vitrolles, à l'époque leader français en division 1, avec des gloires du hand comme Philippe Gardent, Jackson Richardson ou Bruno Martini.
Des artistes, comme par exemple Guy Bedos, se produiront aussi sur la scène du Stadium en réaction à la municipalité d'extrême droite.
Bref, déjà décrié pour son aspect architectural trop en avance sur son temps, Le Stadium est aussi trop bouillonnant pour certains... avec des artistes engagés sur scène qui viennent régler leurs comptes avec le FN en place. Le Stadium devient un lieu de plus en plus controversé.

Tel un chantier abandonné

En 1996 l'OM Vitrolles dépose le bilan et une fois le sport de haut niveau parti du Stadium, la culture n'a plus voix au chapitre. Les subventions de la mairie pour la salle décroissent à vue d'œil. En octobre 1998 un attentat à la bombe (2 kilos d'explosif placés sur le groupe électrogène) continue à tendre encore plus l'ambiance autour du monolithe noir, alors qu'un concert de " rock identitaire " devait s'y tenir. Un rock au relents nationalistes et apprécié par l'extrême droite. La Marseillaise titra un article : « Attentat au Stadium : à qui profite le crime ? »... En 2000 les subventions municipales sont totalement coupées par la mairie FN et après seulement quatre ans de fonctionnement la salle ferme définitivement ses portes.
Définitivement ? peut-être pas... aujourd'hui Enzo Rosada, un jeune étudiant en architecture à Marseille remue ciel et terre pour sauver le Stadium de la ruine. « D'abord c'est un bâtiment public et sans parler de la qualité architecturale, c'est complètement inadmissible de le construire et de ne l'ouvrir que pour une durée de quatre années, s'insurge le jeune architecte, il y a donc une utilité à le rouvrir puisque c'est l'argent des contribuables qui a été investi et de plus c'est une véritable prouesse architecturale réalisée par Rudy Ricciotti. » Quand on cherche un peu sur internet, on tombe sur plusieurs vidéos, d'époques différentes, dans lesquelles l'architecte du Mucem s'exprime sur le sujet et confie son attachement au Stadium. Il y explique que c'est le fruit d'une démarche empreinte de nombreuses références culturelles de haut niveau mais avec un souci de minimalisme dans la dépense budgétaire. Dans l'une d'elles il fait ce constat teinté d'amertume : « En fait, c'est comme si ils avaient une Ferrari oubliée dans une grange. Il y a de la crasse dessus, les poules se promènent sur le toit du bolide endormi et chient dessus (sic), les pneus sont à plat... mais, il suffirait de peu pour qu'on entende à nouveau rugir son moteur. »

Des projets tous azimuts

Oublié depuis vingt ans, le bâtiment a été peu à peu tagué. Son terrain sert de piste aux motos cross sauvages et l'intérieur a été partiellement pillé. Pourtant, nombre de projets de réhabilitation se sont faits jour : parc des expositions, pôle de musique actuelle, projet avec l'ENSOSP, l'École Nationale Supérieure des Officiers de Sapeurs Pompiers, située à quelques kilomètres plus au nord, accueil du Museum d'Histoire Naturelle d'Aix-en-Provence... Tous ont capoté, même l'événement Marseille Provence 2013 Capitale de la Culture n'a pas réussi à ramener à la vie le monolithe noir comme fossilisé sur sa bauxite rouge. Un projet pharaonique de pôle d'entreprises, de formation et de spectacles était même dans les promesses de campagne d'une candidate lors des dernières municipales en 2014.
Alors quelle est cette malédiction qui condamne le Stadium à l'inertie et surtout pourquoi l'initiative d'Enzo Rosada, jeune étudiant en architecture, ferait-elle la différence avec toutes les tentatives précédentes ? «J'ai beaucoup d'estime et de respect pour la démarche d'Enzo Rosada et de son équipe confie Loïc Gachon, le maire de Vitrolles, après, refaire revivre ce lieu là, c'est beaucoup plus compliqué. Depuis, l'Arena s'est construite... mais aussi, le Grand Théâtre de Provence... mais aussi, le Silo à Marseille... bref, il y a peu de place pour un équipement de cette nature. Il faut donc trouver un projet spécifique, singulier... Cette salle est magique, ce lieu est magique, et il est hors de question de le laisser se banaliser, mais il faut trouver le bon projet pour faire revivre le lieu. »
Et l'édile ne se fait pas de faux espoirs car en terme de financements la ville ne pourrait supporter seule la remise en route d'un équipement qui est déjà considéré par beaucoup de vitrollais comme une gabegie. « Il faudra que les collectivités se mobilisent autour mais également sans doute des partenaires privés », conclut Loïc Gachon.


Et si cette fois...

Même si Enzo Rosada a fait du Stadium son projet d'examen pour terminer ses études d'Architecture à l'ENSA de Marseille, ce n'est pas ce qu'il met en avant. Sa démarche a été d'agréger dans une association de défense patrimoniale autour d'un renouveau du Sadium tout une cohorte d'artistes et d'architectes réputés, d'obtenir une labellisation Architecture Contemporaine Remarquable auprès de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, d'organiser une exposition itinérante (à venir au MAMO sur le toit du Corbusier à Marseille en janvier 2019) pour commémorer le vingtième anniversaire de sa fermeture, d'animer un site internet dédié à la renaissance du Stadium : stadiumdevitrolles.com, comme de multiples initiatives encore...
Elles permettront, peut-être, de convaincre les responsables politiques et les investisseurs financiers que sa cause est une juste cause. Et qu'enfin, Le Stadium accueille à nouveau du public dans son antre de béton noir.
 
En vidéos : Enzo Rosada, étudiant en Architecture et défenseur du Stadium, Loïc Gachon maire de Vitrolles et une balade autour du Stadium.

( Interviews, images et montage : Rémy Reponty pour Maritima médias. )