Temps forts

Inscrivez-vous
Ecoutez MAritima RADIO en direct

Confinement: le milieu de la prostitution entre précarité et adaptation

Affiche de l'Amicale du Nid

1/1

Affiche de l'Amicale du Nid

C. AMOUROUX C. AMOUROUX
Partagez cet article
  • Pratager sur Google+

Précarité financière, risques sanitaires, les travailleur.se.s du sexe se retrouvent dans une situation de grande insécurité pendant le confinement. A Marseille, beaucoup ne travaillent plus. D'autres subsistent...avec le numérique.

"Un fonds d'urgence doit être créé afin de permettre un revenu de remplacement le temps du confinement, sans condition de régularité de séjour". Cet extrait est tiré d'une lettre écrite il y a plusieurs jours par la Fédération Parapluie Rouge et transmise au chef de l’État.
Selon les associations, les prostituées ont vu leurs revenus chuter et se trouvent dans "une insécurité financière extrême". Une minorité exerce sous le statut d'auto-entrepreneur et ne peuvent pas prétendre à l'aide de 1.500 euros promise par l'Etat aux indépendants en compensation de leur baisse d'activité.
Plusieurs associations, qui ont dû cesser leurs maraudes, rapportent des cas d'expulsions de travailleuses du sexe dans l'incapacité de régler leur chambre d'hôtel (qui ont parfois décider de fermer) ou leurs loyers.
 
Le numérique comme réponse, exemple à Marseille.
 
" Nous politiquement parlant on ne parle de travailleuses de sexe, car le travail serait une donnée de volontariat et de décision individuelle. Elles sont considérées comme victime donc nous préférons utiliser l’expression 'personne en activité prostitutionnelle' ". C'est une précision que Lionel Arsiquaud tient à faire au début de notre entretien. Il est éducateur spécialisé pour l'Amicale du Nid. L'association a des locaux dans la cité phocéenne, elle accueille et aide des personnes majeures, mineures, hommes, femmes, trans en situation actuelle, passée ou en risque de prostitution. 
 
Pour Lionel Arsiquaud, il n'y a pas de doute le confinement n'est pas synonyme de l'arrêt de la prostitution. " Il y a eu une baisse énorme de l'activité traditionnelle, sauf dans deux secteurs marseillais toujours actifs avec un minimum de présence sur place ". Plus généralement, ce milieu comme beaucoup d'autres, payent inévitablement le prix économique de la situation actuelle.
 
Mais en 2020 la prostitution de rue n'est plus la seule option: " Elles sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers le numérique, c'était déjà le cas avant mais là on voit que ça se développe deux fois plus ". Le contexte actuel a permis de montrer que le secteur sait s'adapter et vite: "ça s'est fait à une vitesse... On sait que beaucoup ont été très rapidement équipées de smartphones pour être autonomes sur le web. Des moyens importants peuvent être déployés... ça fait remonter les notions d'emprises (…) C'est pensé de manière pyramidale et très bien organisé".
 
Travailler pendant une pandémie : l'urgence de la question sanitaire
 
Pas de gestes barrières, pas de distanciation sociale, pas de masques. Les personnes en activité prostitutionnelle sont actuellement ultra exposées et le seront toujours après le confinement. "La question du coronavirus n'est pas une priorité (…) C'est un public très vulnérable et aussi très détaché. Justement on essaye de les sensibiliser à ça mais les prises de risques sont très importantes".
 
Malgré le confinement, l'Amicale du Nid continue ses missions. Les soutiens en hébergement et en nourriture se poursuivent et augmentent face à la demande: "Nous distribuons des colis alimentaires. Avant on tournait autour des 20 à 30 paniers par semaine, désormais on arrive à 80, 90. On voit que les besoins primaires des personnes ne sont pas assurés".