Temps forts

Istres : une marche blanche pour crier stop aux meurtres de femmes

M. Montagne M. Montagne
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Depuis qu'en ce début d'année, il a été décidé de marteler dans les médias le nombre de femmes tuées par leurs conjoints, compagnons ou ex, on reste tous sidérés par la progression régulière de ce terrifiant décompte qui semble, comme le temps, impossible à arrêter.

Pour Latifa Bisbis, qui milite depuis 10 ans contre les violences faites au femmes, le 85e féminicide a été le déclencheur pour aller encore plus loin dans l'action : c'était au début d'août dernier, Chloé, Vitrollaise de 29 ans, enceinte de 8 mois de son nouveau compagnon, était abattue de trois balles dans le ventre par son ex conjoint, chez qui elle était venue récupérer son premier enfant, un garçonnet âgé de huit ans. Sa grossesse, son âge, sa condition de mère d'un premier enfant déjà en âge de réaliser l'horreur de cette situation, et un drame qui a eu lieu à quelques kilomètres de chez elle, à Istres, c'en était trop pour Latifa qui a, dans la foulée, créé un groupe facebook : "STOP ! aux agressions sexuelles, pour toi, pour elles et pour vous tous...".
Son but : rendre hommage aux disparues, sensibiliser la société afin de prévenir d'autres féminicides, mais aussi dénoncer toutes formes de violences physiques et/ou sexuelles, refusant ainsi de céder à la fatalité et la résignation. Un groupe dont le nombre de membres, et ce n'est pas le moindre des réconforts, augmente heureusement bien plus rapidement que le nombre de tuées et en rassemble à cette heure déjà 440 en à peine trois mois d'existence.
Mais Latifa ne se contente pas d'animer ce réseau social sur ce virtuel - mais néanmoins utile - support internet, elle agit aussi dans la réalité avec l'organisation de cette marche blanche qui s'est déroulée, avec succès, dimanche matin dans les rues d'Istres. Pour cette manifestation, prévue dans le cadre de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes célébrée le 25 novembre prochain, les organisatrices ont pu compter sur le soutien inconditionnel de la municipalité et de ses services, sur le partenariat de nombreuses associations, dont celle, voisine, des Femmes solidaires de Martigues, ainsi que des fleuristes d'Istres, Miramas et Fos pour offrir une rose à la mémoire de chaque disparue.
Sur le parcours de la marche, partie de la place Salengro pour parvenir à l'esplanade Charles De Gaulle, le cortège qui comptait des centaines de personnes, femmes et hommes, a fait une halte sur les allées Jean Jaurès pour assister à un vibrant flamenco, sans musique, offert par les danseuses de l'association Pulsion, avant de terminer par une minute de silence, des discours ainsi que par la création, sur le sol, d'un grand cœur à l'intérieur duquel les marcheurs ont déposé les petites pancartes où figuraient les noms de toutes les victimes de 2019. Alors que le maire de la ville, François Bernardini, rappelait que, lorsqu'il a été contacté il y a un mois par les organisatrices, le nombre des féminicides était de 103, le jour de la manifestation, il avait déjà atteint 130 et le lendemain, alors que nous écrivons ces lignes, il est passé à 131..

 

(images : Frédéric Munos ; montage : Michel Montagne / Maritima Médias)