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Grands oubliés de la crise, les médecins de ville appellent à un système de santé "plus agile"

  • Santé
  • 24/07/2020 à 07h00
  • 04:05
Grands oubliés de la crise, les médecins de ville appellent à un système de santé

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Grands oubliés de la crise, les médecins de ville appellent à un système de santé "plus agile"

M. Chaix M. Chaix
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"Stop à l'opposition de la médecine de ville et d'hôpital. " C'est le cri du cœur des médecins libéraux de la région PACA. Dans un livre blanc, ils dressent le bilan de la gestion de la crise sanitaire et font 11 propositions pour un meilleur système de santé. Ils demandent notamment plus d'inclusion dans le processus de soins. Entretien avec le docteur Laurent Saccomano, président de l'Union Régionale des médecins libéraux Provence-Alpes-Côte d'Azur.

 

Docteur Saccomano, ce livre blanc est le récit des expériences de médecins/ professionnels de santé de terrain au plus fort de la crise sanitaire. On observe aujourd'hui une "accalmie" de la situation. Quel bilan dressez-vous de cette période en tant que médecin de ville ? 

La Covid-19 est venue frapper la population mondiale et a mis à mal tous les systèmes de soins. Face à l'urgence, le personnel soignant a été remarquable, notamment les hospitaliers qui ont dû faire face à la crise dans des conditions de travail déjà difficiles. Sur le terrain aussi, les professionnels ont été mis à rude épreuve, parfois même oubliés. Les professionnels de ville se sont retrouvés démunis, sans matériel, les équipements ayant été stockés pour les hôpitaux en priorité. Les dons, la motivation et les institutions comme la Région ont eux été d'un grand secours. 

Dans ce livre blanc, vous pointez notamment du doigt des difficultés de coopération avec l'Agence Régionale de Santé. Faut-il d'après vous revoir toute la politique régionale de soins ?

Plus que des difficultés de coordination, nous déplorons des difficultés de réactivité de la part de l'ARS. L'objet de ce livre blanc n'est pas de pointer du doigt telle ou telle institution mais celle-ci semble coincée dans les directives qu'elle reçoit du ministère. Sa marge de manoeuvre est limitée. Il est rare que l'ARS enregistre les propositions formulées par les professionnels du terrain. Nous voulons par ce livre blanc faire un état des lieux et faire évoluer les choses, notamment en cas de deuxième vague. Bien sûr que la politique régionale doit être revue. Nous proposons pour ça d'organiser la véritable décentralisation des agences régionales de santé avec par exemple la Présidence du Conseil de Surveillance assurée par le Président du Conseil régional et la nomination d’un conseiller médical à la médecine de ville pour le Directeur Général de l’agence. Il nous faut également mettre en place des changements structurels, obtenir des outils, des logiciels, pour optimiser le suivi des patients.

La crise de la Covid-19 a mis en lumière l'état de nos hôpitaux publics. Justement, d'après vous, la crise a été trop "hospitalo-centrée..." : les cabinets médicaux ont été désertés, les cliniques mises à l'arrêt. Ce que vous demandez aujourd'hui c'est plus d'inclusion finalement ?

Oui, nous voulons que toutes les forces en présence puissent être mobilisées, ce qui n'a pas été fait pendant la crise. On dit qu'en France la santé repose sur deux jambes mais dès qu'on assiste à une crise, on a tendance à réfléchir uniquement par le prisme de l'hôpital. Les 12 000 médecins libéraux de PACA auraient pu jouer un rôle bien plus important que ce soit dans les dépistages, dans les prises en charge ou encore le suivi immédiat des patients. La gestion de crise hospitalo-centrée a totalement désorganisé l’offre de soins sur le territoire. Nous aurions pu désengorger les hôpitaux et alléger le travail de nos collègues. Le 15 a été saturé d'appels et a été contraint d'orienter les patients vers l'hôpital sans suivi possible pour le médecin traitant. Au plus fort de la crise, les établissements privés ont été classés en 3e ligne pour accueillir des patients non Covid, ou Covid non inquiétants, sans pouvoir assurer leurs fonctions normales. Enfin, au moment de la reprise, de lourdes restrictions leur ont été imposées par crainte d’une pénurie de produits anesthésiques. 

Ce mardi, le Plan Ségur livrait ses dernières conclusions. Là-aussi, vous avez eu le sentiment d'être les grands oubliés. Qu'attendiez-vous précisément de ce plan ?

Globalement on n'a pas bénéficié de mesures concrètes, et rien qui nous rassure. Le plan Ségur avait pour mission de permettre le partage des expériences de la crise et la construction d'une nouvelle organisation des soins. Une fois de plus, il s'est totalement focalisé sur l'hôpital, au mépris des professionnels de santé libéraux. Nous avons besoin d'être pleinement inclus dans le processus, car de cette inclusion, c'est le patient qui en récolte les fruits. Nous ne sommes pas dans des revendications purement syndicales de nos professions, mais uniquement dans la pertinence de notre système de santé que nous voulons faire évoluer de manière positive.

 

L'intégralité du livre blanc disponible ici

Interview à retrouver dans votre matinale sur le 107.2 à 8h et 9h