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Marseille. Rapport de la CRC : l'opposition règle ses comptes

Les charges de l'opposition appuyées sur le rapport de la CRC ont été très violentes.

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Les charges de l'opposition appuyées sur le rapport de la CRC ont été très violentes.

R. Chape R. Chape
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Les 660 pages du rapport de la Cour Régionale des Comptes auront permis à l'opposition de critiquer les 25 ans de gestion de Jean-Claude Gaudin et de lancer dans le même temps les première banderilles de l'élection municipale à venir.

« On me dira que le rapport de la chambre n'est pas un paquet de bonbons au miel, mais ce n'est pas non-plus une boite à claques ! » Ce sera le seul trait d'humour que fera le maire dans son introduction, avouant par la suite, en tapant du point sur son bureau : « Ce réquisitoire m'affecte considérablement ! »
Vous l'aurez compris, les conclusions de la Cour Régionale des Comptes, ne passent pas, mais alors pas du tout : « Un mauvais travail (ndlr : il le dira trois fois) où le faux disqualifie le vrai, [...] bâclé dans sa phase contradictoire après pourtant deux ans de travail […] Un contrôle hors-sol, réalisé avec des œillères et des boules-quies pour ne pas avoir vu les réponses de la Ville […] Des phrases de magistrats, ni fondées, ni documentées, seulement assénées à l'aveugle comme des coups de matraque […] En 25 ans je n'ai jamais été l'objet d'une charge aussi lapidaire », dira Jean-Claude Gaudin. Il n'en se tiendra d'ailleurs pas à des commentaires, annonçant son intention de saisir le premier magistrat de la Cour des Comptes, y compris par des voies de justice, pour demander la rectification de tout ce qui est diffamant : « Lorsque l'arbitre se trompe on doit pouvoir faire appel au Conseil supérieur de l’arbitrage »

La parole sera ensuite donnée à Martine Vassal, qui déclare intervenir « comme une simple marseillaise », « librement et objectivement », « ni comme une héritière, ni comme une obligée ». Elle rendra tout de même à Jean-Claude Gaudin un hommage poignant, avant qu'il ne soit « cloué au pilori », prévoit-elle justement, « avec ce courage qui parfois ne s'exprime qu'en meute » ; le rapport de la CRC n'en sera pour elle que le prétexte.

Rappelant l'état « catastrophique » d'une Marseille « malheureuse » et « mal aimée » lors de sa prise de pouvoir en 1995, la conseillère municipale illustrera son avant-après Gaudin par sa transformation en « ville des possibles ». Une réussite marquée notamment selon elle par la baisse du taux de chômage (de 25% à 11% en 25 ans) et l’amélioration de son image, symbolisée entre-autres par Euroméditerranée, la relance du centre-ville, la dynamique culturelle avec le MuCEM et l'économie du tourisme... D'autant que durant ces quatre mandats, « Marseille a été mise au pain sec et à l'eau », poursuivra la présidente de la Métropole et du CD 13. « Soutenue qu'avec une grande parcimonie par l'Etat , la ville n'a que très rarement obtenu le concours du département avant 2015, soit 74 millions d’euros en 20 ans, ni de la région […] Ceux qui veulent vous juger aujourd'hui le savent, ils ont fermé les yeux, et je veux les considérer comme des innocents, des innocents aux mains sales ».

C'est (comme à son habitude) Stéphane Ravier qui lancera la charge de l'opposition, avec sa traditionnelle violence, autant orientée sur le maire sortant que sur ses adversaires aux élections municipales. « Marseille brille par ses hauts faits », commencera-t-il, « votre municipalité vrille par ses méfaits ». Pour l'élu du Rassemblement national, le rapport de 660 pages (ndlr : le soulignera-t-il), est un « rapport de vérité », une « analyse neutre de magistrats dépouillés d'ambitions électorales ».
« Incompétence », « insincérité », « cacher », « travestir », « mentir », « falsifiés », « truqués »... Le champ lexical est décliné sur un ton péremptoire. « Les Marseillais ont été incarcérés pendant 25 longues années, car vous n'avez jamais cessé de mentir, et à nos alertes comme aux remarques vous avez répondu votre légendaire m'en fouti ».
« Gaspillage», « inquisition fiscale », « racket », « cadeaux »... Stéphane Ravier poursuit sur la gestion financière. « Qu'avez vous fait de l'argent ? » sera son anaphore, pour illustrer les « 50 millions d'euros en errance dans le budget », qu'il aurait, lui, investit dans la sécurisation de l'espace existant « pour financer l'emploi de 200 policiers municipaux », et dans les services de propreté.
Il ne manquera pas ensuite l'opportunité de s'attaquer à Martine Vassal et Bruno Gilles. « Les deux voudraient nous faire croire qu'ils sont innocents […] ces deux enfants du gaudinisme, que vous les avez façonnés, et faits grandir dans un nid douillet […] Ils n'ont rien vu, rien n'entendu, et surtout rien dit, comme l’ensemble du Gaudin Circus […] Vous êtes tous autant responsables que votre leader, et vous tentez aujourd'hui piteusement de vous en éloigner. Ce n'est pas le courage qui vous étrangle ».

Le socialiste Benoît Payan, présentera quant à lui une Marseille « arrivée à la fin d'un cycle, à la croisée des chemins, et dont les derniers kilomètres sont marqués par un rapport crépusculaire et désastreux ». Il n'est d'ailleurs pour lui que le « thermomètre » qui diagnostique « la fièvre » ; « la maladie, c'est votre gestion », lancera-t-il.  « Ce rapport n'est pas un simple caillou dans votre chaussure, une péripétie de plus, ce n'est pas un hasard, il signe l'histoire d'une ville à la dérive et d'une majorité démissionnaire, une ville pauvre, surendettée, qui gaspille l'argent public, incapable de gérer ses ressources humaines, et il confirme ce que les Marseillais subissent chaque jour ».
Pour lui, « les seuls résultats qui ont compté », durant la gestion de Jean-Claude Gaudin, « sont ceux des élections ». « On rénove les écoles parce que les parents votent bien, pas parce que les petits ont froid […] Dans cette ville où les tramways suivent les métros, sur la carte électorale […] Seule a comptée votre proximité avec le pouvoir ».
Tourné vers le mois de mars, il mettra lui aussi en avant la « faillite d'une équipe et non d'un homme ». « La réalité vous rattrape, elle est cruelle pour vous, comme pour votre majorité, vos dauphins, vos protégés, vous qui avez refusé de voir le mur en plein face. […] On voit bien que certains aimeraient s'échapper aux responsabilités de ce rapport, mais en un quart de siècle, pas un seul n'a voté contre ».

Jean-Marc Coppola sera sans doute celui qui s'en tiendra le plus au rapport, dénonçant « un esprit clientéliste », au service des « petits amis » et des « grands groupes », la « négation de la défense de l’intérêt général » à travers un « système opaque qui a méprisé l'opposition ».
« Ce rapport prend un relief particulier, parce qu’il rencontre la colère des Marseillais, avec un système qui a conduit Marseille à la faillite et votre équipe à la honte de la République », affirmera-t-il. « Votre préoccupation n'a jamais été d'investir pour lutter contre les inégalités, pour construire des logements sociaux, et de rénover les écoles [...] Vous avez accepté sans combattre l'austérité de trois gouvernements successifs ».
Il sera également le seul à critiquer le comportement du président de séance vis à vis de ce même rapport : « Votre réponse est arrogante, suffisante et méprisante. Qui êtes vous pour juger le non-professionnalisme de la chambre ? Vous préférez un ultime pied de nez au lieu d'assumer vos responsabilités ».
Pour le conseiller communiste, c'est la majorité municipale qui est déjà en campagne. « La ville est en travaux à quelques mois des municipales, pour que vous inauguriez une vitrine qui cachera mal les blessures. Cette vitrine cachera mal les familles abandonnées, celle qui côtoient au quotidien la réussite d'une toute petite classe […] Vous avez une stratégie claire, au service d'une politique de classe, pour servir des intérêts privés et des amis, pour aseptiser Marseille, pour chasser ceux qui vous dérangent, car trop pauvres, trop populaires, trop à gauche ».

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