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Rue d'Aubagne : habitat indigne ou catastrophe naturelle ?

Manifestants devant la mairie ce jeudi 20 décembre.

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Manifestants devant la mairie ce jeudi 20 décembre.

R. Reponty R. Reponty
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Jean-Claude Gaudin demande à l'État la reconnaissance en catastrophe naturelle. Une façon de se défausser pour l'opposition.

 Jean-Marc Coppola dénonce 25 ans de politique ultralibérale.
 Arlette Fructus alerte sur un chantier gigantesque.

À Marseille le dernier conseil municipal de l'année s'est déroulé sous haute surveillance policière dans un espace Bargemon " bunkérisé ". La crainte de débordements avait déjà fait reporté ce conseil municipal extraordinaire par le maire de Marseille, initialement prévu le lundi 10 décembre, après les manifestations liées au drame de la rue d'Aubagne.

Ce jeudi 20 décembre, devant la mairie, les quelques 300 manifestants sont tenus à distance par de multiples barrières. Mais à l'intérieur, après une minute de silence en hommage aux victimes décédées dans l'effondrement de leur immeuble du quartier populaire de Noailles, la bataille fait rage au sein de l'hémicycle du conseil municipal. Notamment sur les responsabilités du maire Jean-Claude Gaudin qui de son côté demande la reconnaissance par l'État de catastrophe naturelle. Dans l'opposition on bondit. « ...mais il n'y a pas eu de catastrophe naturelle , s'insurge Samia Ghali pour le PS, ce serait être dans le déni de la réalité de ce qui s'est passé à Marseille. Et ça serait dire, finalement aux victimes, que ce qui est arrivé ce serait la faute de la pluie ? » Dans son discours d'introduction, avant le débat sur l'habitat indigne, Jean-Claude Gaudin avait pourtant pris les devants. « Il est facile pour certains de se transformer en procureur et de tirer immédiatement des conclusions et des accusations sans le moindre fondement d'une expertise technique et juridique. »

Ça n'aura pas suffit à Jean-Marc Coppola pour le PC. «  Aujourd'hui Marseille exige la vérité sur les causes de cette tragédie … aussi vous ne serez pas quitte avec une minute de silence un mois et demi après que tout a basculé, ce 5 novembre, alors que des alertes avait été lancées . » À la tribune, le premier magistrat marseillais encaisse les coups et les accusations. Alors que les stratégies en vue des municipales de 2020 s'élaborent en coulisses (Jean-Claude Gaudin ne se représentera pas à sa propre succession), sa majorité quelque peu effritée répond malgré tout présente derrière son chef, expliquant notamment qu'il y a une différence entre une copropriété privée, comme le 65 rue d'Aubagne, dont l'effondrement a tué 8 personnes, et le 63, effondré lui aussi mais vide de tout habitant, une propriété de Marseille habitat (société d'économie mixte à majorité ville de Marseille) et dont Arlette Fructus est la présidente, aussi adjointe au Logement. « On n'a pas le droit de mourir à Marseille à cause de l'indignité de son logement, martèle l'élue, mais on n'a pas le droit non plus d'accuser lorsqu'on ne connaît pas un dossier ni les éventuelles responsabilités. » Pour l'heure l'enquête est entre les mains du procureur de la République qui n'a pas encore rendu ses conclusions.

Tant que cette bataille sur les responsabilités ne sera pas terminée les perspectives pour remédier au vaste problème de l'habitat indigne resteront très floues. L'élue au Logement admet elle même que la reconnaissance en catastrophe naturelle n'est pas forcément le bon cadre juridique, après que les collectifs associatifs aient été reçus par le maire Jean-Claude Gaudin et lui ont demandé de présenter cette requête à l'État. « En tout cas il est important que la ville de Marseille interpelle l'État encore plus fort pour lui dire : on a un vaste sujet, poursuit Arlette Fructus, ça ne peut pas se résoudre uniquement aux deux immeubles de la rue d'Aubagne. Le sujet est gigantesque. »

À Marseille , on estime à 40 000 le nombre de logements indignes. L'indignité du logement et son long cortège de misère... Ce sera peut-être l'un des thèmes phares développés dans la campagne des municipales de 2020 par les prétendants au trône phocéen. D'ici là, les mal logés de la deuxième ville de France pourront-ils encore patienter et faire contre mauvaise fortune bon cœur ?

En vidéos : Jean-Marc Coppola, élu d'opposition PC à la ville de Marseille et Arlette Fructus, adjointe Logement, Politique de la Ville, Rénovation Urbaine, à la ville de Marseille.

( Interviews et images : Rémy Reponty pour Maritima médias. )