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Il y a un an, nuit d'horreur dans les massifs de Martigues

G. Saucerotte G. Saucerotte
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C'était le 4 août 2020, en quelques heures plus de 1000 hectares du massif Martégal et deux campings ont été réduits en cendre. Aujourd'hui, la ville panse ses plaies mais le souvenir reste vivace.

Ce fut la nuit de l'horreur, certains la qualifieront même d'apocalyptique. Le 4 août 2020, vers 17h un incendie de déclare du côté de la Gacharelle. A ce moment-là, personne ne se doute de la nuit qui les attend. Poussé par un fort Mistral, le feu gagne du terrain, les pompiers sont débordés et des renforts arrivent en colonne. Les moyens aériens sont également de la partie, mais doivent cesser de voler dès la tombée de la nuit. A l'apogée, 1800 pompiers et 454 engins sont répartis dans les massifs et autour des habitations pour les protéger. Près de 3000 personnes sont évacuées, la Ville de Martigues ouvre très rapidement ses gymnases, un élan de solidarité nait aussi entre les habitants. "Le cercle de Carro a ouvert pour nous donner à boire et nous réchauffer, se rappelle Elodie, 28 ans, une habitante de La Couronne évacuée. Il y avait aussi beaucoup de monde qui nous proposait de nous héberger." Tandis que l'entraide s'organise entre Carro et La Couronne, pour d'autres, le cauchemar prend une toute autre tournure. Aux Tamaris, les flammes encerclent le quartier. Les deux campings, qui seront entièrement brûlés, sont totalement évacués. Mais acculés, touristes et habitants n'ont d'autres possibilités que de fuir par la mer. Les pompiers demandent alors de l'aide aux plaisanciers et là encore, la solidarité opère. "A Carro, je n'oublierai jamais quand j'ai vu arriver le premier bateau en provenance des Tamaris. Il n'y avait pratiquement que des enfants à bord, raconte Elodie. Les parents n'étaient pas encore là. On s'est occupé d'eux. Ils ont été particulièrement calmes et courageux. C'était une vision apocalyptique." Elodie, elle, n'a pas attendu que les pompiers lui demandent de partir. Avec sa famille, elle a pris l'initiative de quitter sa maison "lorsque j'ai commencé à entendre des pignes de pins éclater au-dessus de mon toit. J'ai pris quelques affaires et je suis partie." 

Au Verdon, à La Saulce et à Sainte-Croix les campings aussi sont évacués. Moins engoncés, ils sont sauvés. "Je m'occupais de la plage de La Saulce, se souvient Cindy agent de police. Notre rôle était d'évacuer les touristes mais aussi de les rassurer. Il y avait environ 700 personnes sur la plage cette nuit-là, certains pleuraient, criaient, d'autres étaient très angoissés. En 7 ans de carrière, c'est l'expérience la plus marquante que j'ai vécue." Pour les comités feux de forêts aussi la peur était bien présente. "Oui je l'avoue j'ai eu peur cette nuit-là", se rappelle Robert Bertrand, du comité feux de forêts de Martigues. Les agents en orange sont là pour aiguiller les pompiers dans les massifs qu'ils sillonnent toute l'année. "On les connait sur le bout des doigts. On sait où on doit les amener. Cette nuit, on voyait des flammes de 40 mètres. C'était impressionnant."

Un an plus tard...

La forêt s'est métamorphosée

La pinède n'est plus la même, la physionomie du massif Martégal a complètement été modifiée. L'Office national des forêts est intervenu pour restaurer les terrains incendiés. Des arbres morts ont été abattus, des troncs et des branches ont été disposés en travers, dans les pentes, pour éviter l'érosion des sols lors d'épisodes de pluie. Aujourd'hui, la garrigue recommence à pousser, suivra d'ici quelques temps les pins d'Alep. Pour les chênes, il faudra attendre quelques années. L'ONF est vigilant, il s'est engagé à protéger les jeunes pousses. Parallèlement, un collectif de citoyens, horrifié par la catastrophe, a décidé de replanter des arbres. Un reboisement est d'ailleurs prévu cette année, au mois d'octobre. 

Le havre de paix des Tamaris vit un drame économique

Aux Tamaris, le bilan est dramatique. Les deux campings sont toujours fermés, les travaux n'ont pu être entrepris faute d'autorisation préfectorale. " On attend de trouver des solutions, explique-t-on dans un des campings. La municipalité de Martigues nous soutient pour que les deux campings rouvrent, mais c'est une situation particulière que nous vivons." En effet, le quartier est désormais considéré comme zone à risque, les normes de sécurité pourraient donc bien changer pour toutes nouvelles constructions. En attendant, la saison estivale est difficile pour les professionnels. "C'est simple, on est début août, on a l'impression d'être hors saison. Notre clientèle a été divisée par trois". A cela s'ajoutent des assurances qui ne jouent pas forcement le jeu, puisque depuis un an, personne n'a vu l'ombre d'un dédommagement et bien entendu, un dernier coup dur, porté par un ennemi invisible cette fois, appelé Covid-19!