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Saint-Chamas : l'opacité des fumées. Et des responsabilités...

M. Montagne M. Montagne
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S'il fallait donner un titre de film au sinistre de Saint-Chamas, ce serait sans nul doute "Un jour sans fin": avec ces fumées épaisses qui émanent encore du double entrepôt ravagé par les flammes le 26 décembre dernier, chaque journée ressemble en effet à la précédente.

Pour nombre de Saint-Chamassens, c'est en effet le même air délétère qu'ils respirent depuis la survenue de l'incendie.
Une odeur au mieux écœurante et qui donne rapidement la nausée, au pire d'une toxicité à ce jour inconnue puisqu'on ignore encore la nature d'une partie des déchets entreposés.

Un supplice qui devrait toutefois prendre fin dans quelques jours puisque la démolition complète des structures métalliques du bâtiment entamée ce jeudi 06 janvier par les engins de BTP devrait porter le coup de grâce aux flammes rebelles, à défaut de mettre fin à leurs conséquences.

En effet, si l'atmosphère autour du site est opaque, l'affaire, elle, est encore plus obscure, et ça ne doit rien aux fumées. Alors à défaut de respirer un air assaini, on peut à tout le moins tenter d'y voir un peu plus clair avec un résumé des faits.

Vers février-mars 2021, la société Recyclage Concept 13, domiciliée à Martigues et dont l'activité officiellement déclarée est "l'exploitation de gravières et sablières, extraction d'argiles et de kaolin" récupère le site situé le long de la D15, juste en face du parc communal des Creusets. Site qui devient rapidement une unité de stockage de déchets industriels banals (DIB) - plastiques, bois, verre, gaines de chantier, etc... - présumés non dangereux.

Rapidement, Didier Khelfa, maire de Saint-Chamas, constate une situation anormale : l'entrepôt censé stocker au maximum 1000 mètres cubes de déchets déborde de toutes parts.
L'édile multiplie alors les signalements auprès des autorités compétentes.

Lourdeurs de procédure obligent, il faut attendre le 3 septembre pour que la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, en quelque sorte le bras armé de l'Etat en matière de développement durable et de transition écologique) inspecte le site, constate des irrégularités, notamment en ce qui concerne le stockage de volumes excessifs (la quantité de résidus entreposés a été évaluée à 30 000 m3 au lieu des 1000 autorisés !).

La société fait alors appel à un cabinet d'études chargé de l'aider à mettre l'ensemble du site aux normes, tant en ce qui concerne les bâtiments eux-mêmes que les volumes stockés, le risque incendie et la mise en place d'un bassin pour acheminer les eaux usées afin de préserver les nappes phréatiques ainsi que la Touloubre, la rivière qui coule un peu plus loin en contrebas.

Pesanteurs administratives et/ou passivité de l'exploitant, les choses traînent, au point que la préfecture décide d'intervenir et le 14 décembre, met en demeure l'entreprise de notamment ramener son volume de déchets stockés aux 1000 mètres cubes autorisés, l'exploitant a jusqu'au 31 décembre pour y parvenir quand, le 26 décembre, l'entrepôt est ravagé par les flammes.

Les pompiers doivent alors faire face à deux problèmes :
- l'absence de points d'eau autour du site, il leur faudra s'alimenter directement dans la Touloubre (ce sont même les salariés du site qui, à l'aide de leurs engins BTP, les aideront à descendre leurs pompes le long de la berge) et dans le même temps, installer en urgence un bassin de récupération des eaux d'arrosage souillées afin de préserver nappes phréatiques et rivière.
- l'impossibilité d'éteindre complètement l'incendie qui couve au cœur de tonnes de déchets très compacts.

C'est la raison pour laquelle la préfecture a adressé un nouvel ultimatum à l'entreprise : entamer la démolition complète du squelette métallique de l'entrepôt afin, dans un second temps, de pouvoir décompacter les déchets toujours en combustion et permettre ainsi aux sapeurs-pompiers de les noyer et de faire cesser définitivement leurs émanations de fumées.
Démolition qui, après quelques atermoiements, a démarré au délai imposé, soit le jeudi 06 janvier à 13 heures.

Pour l'heure, si l'observatoire régional Atmosud a constaté des taux de pollution, notamment aux particules fines, bien supérieurs aux seuils d'alerte, il faudra du temps pour évaluer les réelles conséquences sanitaires sur les populations et écologiques sur l'environnement.

L'incendie devrait être complètement éteint d'ici trois à quatre jours, et les fumées à peine dissipées, ce sera l'occasion de faire toute la clarté sur cette affaire et déterminer l'ensemble des responsabilités, notamment celle de l'exploitant eu égard aux irrégularités constatées depuis des mois, mais aussi celles éventuelles des autorités compétentes qui, en dépit des signaux d'alarme répétés du maire de Saint-Chamas, ont tardé à réagir.
Enfin, déterminer l'origine du sinistre et, si l'enquête révèle une responsabilité humaine, identifier le ou les coupables.

En tout cas, les principales victimes restent en premier lieu les salariés eux-mêmes : présents sur le site depuis le 26 décembre afin d'aider le pompiers à juguler l'incendie, ils évoluent depuis des jours et sans protections au milieu des fumées toxiques de leur entreprise en flammes, un outil de travail qu'ils ont vu se consumer peu à peu sous leurs yeux et dont la disparition programmée signe également celle de leurs emplois. Et avec, en prime, l'impression d'être devenus aux yeux de tous les boucs émissaires d'une situation dont on les rendrait complices alors qu'en tant que simples salariés, ils n'en sont évidemment pas responsables.

Mais au delà du cas précis du sinistre survenu dans sa commune, Didier Khelfa souhaite attirer l'attention sur le sujet du traitement des déchets - pour lui un véritable enjeu de société - et la quasi absence de contrôle qui touche un secteur d'activité très sensible comme l'a prouvé l'incendie de Saint-Chamas (en vidéo, l'interview de Didier Khelfa et de Lynda Ouachek, la responsable commerciale de Recyclage concept 13)