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Explosion de Marcoule. Les réponses aux inquiétudes des Martégaux

R. Chape R. Chape
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Appelé de nombreuses fois cet après-midi par des habitants inquiets, Michel Sacher, le directeur du centre d’information pour la prévention des risques majeurs (CYPRES) se veut rassurant : le site est relativement loin, il n'y a pas de danger.

"Avec le mistral que l'on a aujourd'hui, les gens craignaient qu'il puisse y avoir des retombées radioactives sur Martigues", déclare Michel Sacher, le directeur du CYPRES. "C'est une inquiétude légitime car l'incident est survenu sur un site industriel qui traite des produits radioactifs, il est donc normal de répondre à la demande d'information". Et si la réponse n'est pas instantanée, c'est qu'il faut d'abord analyser la situation. Le premier à communiquer sur les faits et leur gravité, c'est bien entendu l'industriel concerné. "Nous n'avons pas les éléments nécessaires pour expliquer très précisément ce qu'il s'est passé, il faut laisser le temps aux autorités pour appréhender la situation", poursuit le directeur. Dans ces cas-là, il ne faut que quelques minutes pour déterminer si l'évènement survenu est extrêmement grave, ou anodin.

Un mort et quatre blessé dans l'explosion d'un four
Un homme est mort aujourd'hui et quatre ont été blessés, dont un grièvement, dans l'explosion d'un four servant à recycler des déchets faiblement radioactifs sur l'installation nucléaire Centraco de Codolet (Gard), un accident qui n'a provoqué aucune fuite radioactive selon les autorités.

L'accident "est terminé", a annoncé l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) lundi après-midi.Cet accident ne comporte pas d'enjeu radiologique ni d'action de protection des populations", a ajouté l'ASN, en précisant qu'elle "suspend son organisation de crise".

"Selon les premières informations, il s'agit d'une explosion d'un four servant à fondre les déchets radioactifs métalliques de faible et très faible activité", avait précédemment indiqué l'ASN, qui avait activé son centre d'urgence à la suite de l'accident, survenu en fin de matinée et terminé vers 16h00.

L'incendie a été rapidement maîtrisé, selon EDF, dont une filiale, la Socodei, exploite le Centre de traitement et de conditionnement des déchets de faible activité (Centraco). "C'est un accident industriel, ce n'est pas un accident nucléaire", a précisé à l'AFP un porte-parole du groupe. "Aucune mesure de confinement ou d'évacuation" des salariés "n'a été nécessaire", a déclaré le ministère de l'Intérieur.

L'homme décédé est "mort dans l'explosion", a-t-on ajouté de même source. Le blessé grave a été évacué par hélicoptère et "les secours n'ont décelé aucune contamination radiologique" sur les trois autres blessés, a ajouté la préfecture du Gard, selon laquelle "la structure du bâtiment n'a pas été dégradée". Tous sont employés par la société Socodei, a précisé l'entreprise à l'AFP.


Pas de fuite radioactive
Par ailleurs, cette explosion "n'a pas occasionné de fuite radioactive", a déclaré à l'AFP une porte-parole du ministère de l'Energie. "Les mesures effectuées ne mettent pas en évidence de rejet à l'extérieur de l'installation", a confirmé le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), exploitant nucléaire du site de Marcoule, dont dépend le Centraco. La Socodei et le CEA ont déclenché leur plan d'urgence interne. Un périmètre de sécurité a été installé, des gendarmes empêchant l'accès aux voitures, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Pour l'heure, aucune mesure de protection des populations n'est nécessaire", a souligné la préfecture qui a mis en place un numéro d'information (0805.55.70.30). La ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, est attendue sur place vers 17h15 pour participer à une "évaluation précise des éventuels impacts radiologiques de cet accident". Le ministre de l'Energie, Eric Besson, s'est dit "très touché par cet accident et par ses conséquences humaines".

Le Centraco a pour objet le traitement de déchets faiblement ou très faiblement radioactifs, soit par fusion pour les déchets métalliques (vannes, pompes, outils), soit par incinération pour les déchets combustibles, comme les gants ou combinaisons de travail des techniciens.

"Une enquête va être diligentée afin de déterminer les causes exactes de l'accident qui a provoqué une vive émotion à tous les échelons de la Socodei", qui emploie quelque 200 personnes, a déclaré la société, ajoutant que "c'est la première fois qu'un tel drame de cette ampleur se produit sur le site".


Une radioactivité "très, très faible" au sein du four
La radioactivité était "très, très faible" au sein du four contenant quatre tonnes de métaux qui a explosé lundi sur le site nucléaire de Marcoule (Gard), selon un expert de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Olivier Isnard.

Ces quatre tonnes de métal, soit "l'ensemble du chargement", a-t-il précisé à l'AFP, avaient une radioactivité de "67.000 becquerels", soit moins de 17 becquerels par kilogramme.

"La radioactivité contenue dans le four - 67.000 becquerels, c'est très, très faible, c'est sans aucune mesure avec ce qui est contenu dans un réacteur", a souligné M. Isnard.

"C'est très peu, donc on ne s'attend pas à avoir un impact dans l'environnement", a-t-il ajouté, précisant qu'une équipe envoyée depuis Cadarache (Bouches-du-Rhône) doit faire lundi des prélèvements - herbe, terre, poussière sur les capots de voiture - qui seront analysées d'ici ce lundi soir.

"Comme on s'attend à avoir un très très bas niveau, voire même au niveau du bruit de fond, il faut faire des mesures fines ce qui prend un peu de temps", a-t-il noté, indiquant que les résultats devraient être disponibles "dans la soirée".

Le four qui a explosé se trouvait dans un bâtiment qui "n'a pas subi de dommages" et au sein duquel les balises mises en place par l'exploitant Centraco n'ont pas détecté d'augmentation de la radioactivité, a par ailleurs précisé M. Isnard.

A titre de comparaison, par exemple, le corps humain a une radioactivité d'une centaine de becquerels par kilo.


Regardez l'intégralité de l'interview de Michel Sacher réalisée par Didier Gésualdi.
(Avec AFP)