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Incinérateur de Fos : drôle d'endroit pour une balade

M. Montagne M. Montagne
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Visiter un centre de traitement de déchets en plein mois de juillet entre deux canicules, il fallait aller voir sur place quel était le profil de ces curieux visiteurs

Déjà l'information c'est que le centre de traitement multifilières de déchets ménagers à Fos-sur-Mer ouvre ses portes au public.
On s'en rappelle encore, sa création en 2008 avait provoqué une levée de boucliers de la part d'associations, de citoyens ou environnementales, et cristallisait la colère des habitants de Fos-sur-Mer et des environs. Non pas en raison de l'existence même d'un tel site : sans lui, les déchets que nous produisons quotidiennement dans des proportions colossales finiraient à la mer, dans les collines et pollueraient les nappes phréatiques. Non, ce qui était en cause, c'était la localisation géographique du centre et l'origine des ordures qu'il allait recevoir. L'incinérateur allait être implanté à Fos-sur-Mer pour traiter les déchets de feue la CUM (Communauté urbaine de Marseille) encore appelée MPM (Marseille Provence Métropole) devenue aujourd'hui l'un des territoires de l'actuelle Métropole Aix-Marseille-Provence. En gros, on imposait aux Fosséens de respirer la fumée des déchets des Phocéens et des habitants des 17 autres communes agglomérées autour de Marseille (MPM représentait 18 communes) . Et ce alors que la population locale à l'Ouest de l'étang de Berre supporte déjà les conséquences d'une industrialisation lourde de son territoire. Des scories aussi difficiles à respirer qu'une pilule à avaler.
Depuis, en vertu du principe de réalité, la tension est retombée. D'autant que Fos-sur-Mer fait partie des 119 communes du département désormais intégrées dans la grande aire métropolitaine.
Mais bon, en vertu de cet historique houleux, on imaginait un centre de traitement en état de siège, replié sur lui-même, un camps retranché où il faut montrer patte blanche pour pouvoir y pénétrer.
Eh bien, surprise, le centre s'ouvre aux public - dont les scolaires - mais à l'occasion de cette dernière visite, il faisait même entrer le loup dans la bergerie puisqu'il accueillait rien moins qu'une douzaine de représentants d'associations environnementales comme Planète Zéro Déchet ou encore Un Déchet par Jour.
En fait, cette visite a été préparée en amont à l'initiative d'Aremacs (association pour le respect de l'environnement lors des manifestations culturelles et sportives), structure qui accompagne les organisateurs d'événements dans la réduction des déchets et particulièrement le tri sélectif. Aremacs a contacté son réseau d'associations et leur a proposé la visite commentée du centre de Fos afin que tous les bénévoles achèvent de maitriser parfaitement le sujet et puissent ainsi sensibiliser au mieux les citoyens, notamment quant à l'impact de leurs déchets sur l'environnement.
Et c'est vrai que, si ces militants de l'environnement sont arrivés avec pas mal de préjugés et éprouvaient de la suspicion envers ce "temple" du déchet, à la fin de la visite, ils étaient, sinon séduits, en tout cas rassurés par les efforts faits par le site fosséen pour réduire au minimum son empreinte sur l'environnement et par tout le travail de revalorisation effectué pour transformer ces déchets en ressources.
C'est ainsi que des 410-420 000 tonnes de déchets acheminées chaque année vers le centre - produites par un bassin d'environ un million de personnes - on extrait 20 000 tonnes de compost, et surtout on produit l'électricité nécessaire pour alimenter l'équivalent d'une ville de 75 000 habitants.
75 000 toujours, mais en tonnes cette fois, c'est la quantité de mâchefer récupérée chaque année, qui permet de construire 30 kilomètres de route. Enfin, pour éviter de faire usage d'eau potable, le site récupère, stocke et utilise l'eau de pluie.
Seul véritable casse-tête, les REFIOM - résidus d'épuration des fumées d'incinération des ordures ménagères - des produits toxiques dont on ne sait que faire et qu'il faut traiter pour les rendre inertes.
Et un gros bémol, mais c'est nous cette fois, les citoyens-consommateurs, qui en sommes responsables : le centre de traitement sort annuellement 10 000 tonnes de recyclables, c'est à dire des déchets que nous n'avons pas bien - voire pas du tout - triés et qui n'auraient jamais dû atterrir sur le site de Fos.

En vidéo, les interviews de Marion Camarena, chargée de communication auprès d'EveRé; de Jeanne Chauvin, chargée d'animation d'Aremacs Sud-Est et de Claire Piccinno de l'association Planète Zéro Déchet au Rove

(images, montage et interviews : Michel Montagne / Maritima Médias)