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Aix: le marché mondial du miel " en danger "

Abeille qui s'apprête à aller butiner

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Abeille qui s'apprête à aller butiner

O. Ferrandino O. Ferrandino
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Hier s'est tenue à la Baume,l'assemblée générale des apiculteurs de Provence.Leur syndicat a engagé une réflexion sur l' arrêté de la CJUE attestant que le pollen est "un ingrédient" et non plus comme la directive l'attestait "un constituant du miel".

 Jean-Louis Lautard, Président du Syndicat des miels de provence
 Sabine Dépinet, reponsable qualité et achats à Naturalim France Miel
14h. La Baume-les-Aix. Le sujet du début d'après-midi ne manque pas d'intérêt pour les 180 apiculteurs du syndicat des miels de Provence présents dans la salle. C'est un vieux dossier qui ressort des cartons et pourtant son thème est largement d'actualité. Il remonte à l'affaire Bablok qui avait fait la une des médias en 2011. Quatre apiculteurs " amateurs" de Bavière avaient tiré la sonnette d'alarme concernant la présence de pollen issu du maïs OGM Monsanto planté sur des champs à proximité. Et, après avoir saisi le gouvernement de Bavière puis la Cour de Justice de l'Union Européenne qui avait reconnu la présence de pollen OGM, ils avaient été donc obligés d' incinérer leur miel devant les caméras du monde entier. Conséquence: comme l' exprime Jean-Louis Lautard, Président du syndicat des miels de  Provence: " c'est depuis le grand bazar sur le marché du miel!".

Aujourd'hui, deux textes s'opposeraient fondamentalement. Comme le précise Sabine Depinet, responsable qualité et des achats Naturalim France Miel: " c'est justement toute la complexité du dossier. Dans la directive européenne qui existe depuis de nombreuses années le pollen est un constituant naturel du miel alors que l'arrêté de la Cour de Justice Européenne dit que le pollen est un ingrédient donc  c'est plus du tout la même chose. Mais il n'empêche que le pollen dans le miel, il y en a tout le temps".  C'est donc bien la définition elle-même du miel qui est pointé du doigt. Et l'enjeu pour le syndicat des miels de Provence est bien de pouvoir la garder telle quelle: " le miel est la transformation naturelle par les abeilles de ce qu'elles récoltent sur les plantes, ce n'est pas un ingrédient que l'on rajoute comme l'on ajouterait du lait dans une pâte à crêpes. C'est donnant-donnant: l 'abeille se nourrit de la fleur et  la fleur peut se reproduire grâce au pollen apporté d' une fleur à l'autre par l 'abeille". Et, au regard du Codex Alimentarius au niveau mondial, la directive Miel au niveau européen ou encore le décret français sur le miel ainsi que ce que disent les experts depuis toujours le pollen fait partie intégrante du miel en tant que constituant naturel. Le miel n'est pas une fabrication. C' est un produit primaire". Autre point qui aurait également pesé dans la balance. Selon Jean-Louis Lautard: "comme les pollens du maïs Mossanto n'avaient pas été demandés par Mossanto en tant qu'autorisation d'exister donc comme ils n'avaient pas demandé l'autorisation, c'est interdit. C'est une logique par l'absurde. Et comme c'est interdit. Toute présence de pollen de maïs dans du miel rend quelque part le miel interdit d'exister"

Et, lorsque l'on fait le comparatif avec d'autre produits comme une salade biologique par exemple en Allemagne le taux de tolérance n'est pas le même. D'après Jean-Louis Lautard, Président du Syndicat des miels: " un maraîcher bio pourra la vendre à condition que l'on ne trouve pas plus de 0,9% d'OGM au sens large dans son produit. Et si l'on compare avec le pollen dans le miel, ce n' est pas 0,9. On est à 0, 0000000000.... car un grain de pollen c'est microscopique. Or, selon la Cour de Justice de l'Union Européenne, même si l 'on trouve un grain dans un kilo de miel, c'est interdit. C'est fou! Alors que le maraîcher on ne va pas l'embêter: vous avez, monsieur, une salade bio avec 0,7% d'OGM, vous êtes quand même en mesure de la vendre et en plus elle est certifiée bio! Nous il y a un grain de pollen vous ne pouvez pas le vendre, vous êtes obligés de le détruire". 

Conséquences: aujourd'hui le marché du miel mondial est fortement perturbé: "alors qu'il devrait y avoir beaucoup d'échanges il n 'y en a quasi pas". Les revendeurs de miel doivent avoir recours à des analyses qui coûtent 300€ l'échantillon sans être certain du résultat. D' après Sabine Depinet, responsable qualité et des achats Naturalim France Miel,  "si le premier résultat revient positif, il faut en faire un second car ce résultat ne suffit pas. Ces tests visant à déterminer ou non la présence  d'OGM dans les miels analysés". En France, les miels du Jura et du Sud Ouest auraient été testés, ils n'ont pas révélé de présence d'OGM. La Provence, ne possédant pas de grande culture, "cela devrait être la même chose pour ses miels". En revanche, ce sont ces mêmes analyses qui permettent pour l'instant d'analyser avant de diffuser: " nous avons la chance de pouvoir analyser sachant qu'en France en plus il n' y en a pas d' OGM à part à l'état de test mais dans d'autres pays ce n'est pas le cas, il y a présence d'OGM. Alors est-ce qu' on va arriver à un marché miel avec OGM, miel sans OGM? Auquel cas l'Europe accepterait les miels sans OGM, et les miels avec OGM iraient vers les Etats-Unis. Probablement".

Enfin, dernier point de blocage. Actuellement, il n'existe aucune autre institution au-dessus de la Cour de Justice de l'Union Européenne qui permettrait de faire appel de cette décision. Comme le précise Jean-Louis Lautard, Président du Syndicat des miels de Provence "il n'existe ni Cour d'Appel, ni Cour de Cassation. Et aujourd'hui, il ne fait nul doute que le marché du miel peut s'écrouler". En Paca la filière rassemble 4500 apiculteurs dont 350  professionnels. Ils produisent près de 2 000 tonnes de miel par an soit 8% de la production nationale.

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