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ArcelorMittal : la mutation vers l'acier vert ?

ArcelorMittal : la mutation vers l'acier vert ?

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ArcelorMittal : la mutation vers l'acier vert ?

R. Reponty R. Reponty
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L'industriel se lance un défi à la fois écologique et économique en s'orientant vers une production décarbonnée de l'acier notamment à Fos-sur-Mer.

 Bruno Ribo
 Damien Chambolle

C'est parce que la fabrication de l'acier utilise du charbon qu'elle émet du gaz carbonique. Sur le site de Fos-sur-Mer l'industriel reçoit par bateau du minerai de fer et du minerai de charbon. Ce charbon est cuit dans ce que l'on appelle une cokerie pour être transformé en coke, une matière qui servira de combustible pour réduire le minerai de fer dans un haut-fourneau monté à une température de 2000 degrés. On obtient ainsi de la fonte liquide qui donnera, après traitement, de l'acier. C'est le procédé industriel de réduction du fer par le charbon dans le haut-fourneau à très haute température qui est le principal émetteur de gaz à effet de serre.

ArcelorMittal se fixe le double objectif de réduire de 30% ces émissions de gaz carbonique à l'horizon 2030 pour arriver à la neutralité carbone en 2050. C'est un engagement de l'industriel qui adhère aux objectifs de l'Accord de Paris et doit aussi se conformer à la législation européenne.

La décarbonation un chemin à étapes

Pour y parvenir l'aciériste a déjà commencé à lancer des projets sur ses différents sites et va procéder par étapes. À Fos-sur-Mer la première phase va débuter d'ici 3 ans en recyclant plus d'acier. « Je pense qu'en 20 ans notre industrie va plus changer que pendant les 50 dernières années, explique Bruno Ribo, le PDG d'ArcelorMittal Méditerranée. Ici sur le site de Fos-sur-Mer on va déjà augmenter notre réutilisation d'acier dit circulaire, c'est à dire la consommation de ferrailles recyclées. Parce que notre produit à un merveilleux avantage : il est recyclable à 100% et il ne perd pas ses qualités en étant recyclé ! »

Cette première étape devrait permettre de baisser les émissions en gaz carbonique du site de 20% en quelques années. Une autre étape est celle du « Smart carbon ». «  Cela consiste à capturer le carbone qui est contenu dans les fumées de nos hauts-fourneaux principalement, poursuit Bruno Ribo, et à les transformer en bioplastiques ou en bioéthanol en se substituant ainsi à des ressources pétrolières non renouvelables. » Ce projet s'appelle CarbonHFlex. Il est dès à présent lancé à Fos-sur-Mer mais sa mise en service est prévue en 2026. « Ce projet là, ajoute Damien Chambolle, le responsable des projets de décarbonation pour le site ArcelorMittal de Fos-sur-Mer, va faire de nos gaz sidérurgiques, c'est à dire des gaz qui ne sont pas consommer directement par nos installations mais qui sont aujourd'hui transformés en électricité, et bien ce projet là va faire de ces gaz sidérurgiques une ressource qui va pouvoir être utilisée pour fabriquer des produits chimiques qui aujourd'hui sont issus de matières fossiles comme le pétrole. »

Un double cercle vertueux sous condition

En réduisant ses émissions de gaz carbonique tout en produisant de l'acier et d'autres produits industriels qui historiquement étaient issus du pétrole, ArcelorMittal obtient un double cercle vertueux mais tout ça a un coût. Aujourd'hui l'estimation des investissements financiers pour mener à bien ces projets se chiffre en centaines de millions d'euros alors que la crise sanitaire et ses conséquences désastreuses sur l'économie sont passées par là. D'autre part, les sites d'ArcelorMittal en France doivent pouvoir rivaliser sur le marché mondial de l'acier où la concurrence fait rage avec des pays comme la Turquie, La Chine ou même la Russie et dont les préoccupations en terme de réduction des émissions de CO2 sont beaucoup moins grandes que chez nous. Les dirigeants du groupe ne cachent pas que sans une volonté politique Française et surtout européenne pour réguler le marché en protégeant les industriels, qui œuvrent en faveur du climat et de la bonne santé de la planète, il leur sera difficile de réussir cette mutation. Ils en appellent aussi à des subventions pour aider cette démarche écologique et économique. « Le cadre politique est absolument fondamental pour permettre à notre industrie de se transformer sur les 20 années qui arrivent, concède Bruno Ribo, le PDG d'ArcelorMittal Méditerranée. »

À Fos-sur-Mer le deuxième haut-fourneau a été redémarré le 21 septembre alors qu'il y a peu les syndicats craignaient l'arrêt total de la production. Une légère reprise d'activité liée au marché de l'automobile notamment, moins en proie à la crise qu'on aurait pu le croire au début de la pandémie, devrait garantir l'activité avec les 2 hauts-fourneaux du site sur les trimestres qui viennent. Mais sans décisions politiques fortes la mutation d'ArcelorMittal vers l'acier vert risque de se transformer en un chemin long et difficile, en équilibre instable sur le fil du rasoir. Un rasoir en acier vert ? L'avenir le dira.

En vidéo : les interviews de Bruno Ribo, le PDG d'ArcelorMittal Méditerranée et de Damien Chambolle, le responsable des projets de décarbonation pour le site ArcelorMittal de Fos-sur-Mer.

(Interviews et images : Rémy Reponty pour Maritima médias.)