Temps forts

Inscrivez-vous
Ecoutez MAritima RADIO en direct

Le crime des Martigues, la véritable histoire de Toni

  • Culture
  • 27/12/2021 à 19h30
  • 03:03
Le crime des Martigues, la véritable histoire de Toni.

1/4

Le crime des Martigues, la véritable histoire de Toni.

Le crime des Martigues, la véritable histoire de Toni

2/4

Le crime des Martigues, la véritable histoire de Toni

La pinède où fut retrouvé le corps du mari trompé.

3/4

La pinède où fut retrouvé le corps du mari trompé.

L'arme du crime.

4/4

L'arme du crime.

S. André S. André
Partagez cet article
  • Pratager sur Google+

Dans le Martigues des années 30, un crime défraya la chronique. Deux amants assassinèrent un époux encombrant. Le cinéaste Jean Renoir s’en inspira pour réaliser son film, Toni

Quand le commissaire Mortier, accompagné d’une escouade de gendarmes, se rend dans le chemin de Canto-Perdrix (actuel site des Colimaçons) dans la campagne martégale, ce matin du 23 janvier 1930, il découvre le corps d’un homme, face contre terre, le visage et l’épaule ensanglantés, tué par balle. L’homme est un immigré italien, Venturino Giulani. Anna, son épouse, inquiète, a prévenu les gendarmes de sa disparition. Ce dernier était parti couper un pin et aurait, selon elle, fait une mauvaise rencontre. Le commissaire regroupe les témoignages, relève les indices, retrouve des traces de sang dans le lit conjugal, sur une charrette... Puis, met la main sur l’arme du crime.

Tout accuse l'épouse Giulani. La femme mais aussi l’amant, un certain Enrico Marchese, travailleur journalier. Rapidement, les journaux s’emparent de l’affaire et relaient l’histoire au jour le jour, tel un feuilleton. En témoignent les nombreuses coupures de journaux conservées aux archives communales de Martigues. Dans un premier temps, l’amant fait des aveux, puis se rétracte. Pour finir, l'homme et la femme s’accusent mutuellement. Mais l'opinion publique est contre Anna Giulani : « Elle avait la réputation d’être paresseuse, détaille l’un des procès verbaux, dépensière, désordonnée et délaissait ses enfants pour se livrer au libertinage. La victime était un brave travailleur, très sérieux, économe et ayant souffert de l’inconduite et de la négligence de sa femme. » 

La lecture du dossier et les éléments de l’enquête révèlent aussi et surtout l’extrême pauvreté dans laquelle vivait cette famille, tout comme l’ensemble de la communauté immigrée de l’époque venue intégrer des chantiers tels que celui du pont ferroviaire, ou grossir les effectifs des usines Verminck ou Pulman. « Au-delà de cette histoire sordide, remarque Maud Blasco, responsable des archives, on en apprend plus sur la condition de vie misérable des immigrés, ils vivaient dans de véritables bidonvilles. À la lecture de la presse on ressent aussi de l’animosité envers eux, et une stigmatisation des étrangers. » La sentence tombe, Anna est condamnée à la guillotine sur la place publique, à Aix-en-Provence. Enrico, lui, finira au bagne à Cayenne.

Si l’enquête « du crime des Martigues » est rondement menée, c’est parce que le commissaire Mortier, n’est pas un fonctionnaire lambda. C’est aussi un romancier qui écrit des polars sous le nom de Jacques Levert. Très Inspiré par ce fait divers, il va faire une ébauche de scénario qu’il va présenter à l’un de ses amis,  Jean Renoir : « Le cinéaste avait de l’intérêt pour l’être humain et les différences de classes sociales, explique Sylvie Morata, chargée de développement à la cinémathèque Prosper Gnidzaz. C’est une histoire qui l’a charmé de par les décors naturels de Martigues, de son industrie naissante et par la présence de populations immigrées qui vivaient en marge du centre ville. » Produit par Marcel Pagnol, Toni fut tourné en 1934, sur les bases de la documentation fournie par Jacques Mortier, très utilisée notamment pour la construction des personnages de Josépha et Toni (Anna et Enrico) et fut projeté sur grand écran un an plus tard. De nombreux Martégaux participèrent directement ou indirectement au tournage que ce soit pour de la figuration, de la confection des costumes… « J’ai vécu avec les gens de Martigues, confiait le cinéaste. J’ai amené une caméra, nous avons tourné comme ça avec les gens du pays et en respirant l’air du pays, en mangeant la nourriture du pays et en vivant absolument la vie de ces ouvriers. »

Sachez que le chef-d'œuvre de Jean Renoir est ressorti en DVD/Blu-ray, l'année dernière, édité par Gaumont, avec en complément un documentaire intitulé L'Enquête sur l'enquête.