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Musée Ziem à Martigues : une expo d'enfer !

  • Culture
  • 25/10/2020 à 14h00
  • 02:28
M. Montagne M. Montagne
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Si vous pensez que tablettes et smartphones ont signé l'arrêt de mort de la photographie d'art, l'exposition d'Alain Sauvan va vous remettre les yeux en face des trous et les idées en place

C'est en effet une magnifique exposition, une véritable claque visuelle, que le musée Ziem à Martigues vous invite à découvrir. 
Les usines attirent beaucoup de photographes, tant professionnels qu'amateurs, séduits par leurs formes, leurs dimensions, leurs perspectives. S'il se traduit rarement par un raté, le résultat esthétique n'en est pas moins souvent convenu et sans véritable surprise. Des clichés quoi.
Devant la centaine d'œuvres d'Alain Sauvan en revanche, aucun risque de bailler, seulement de rester bouche bée.
Ses photographies, en noir et blanc comme en couleurs, évoquent tour à tour d'autres pays, d'autres époques, mais aussi de la peinture, figurative comme abstraite, et même de la bande dessinée.
Consacrée au pourtour de l'étang de Berre, l'exposition surprendra ceux qui y vivent. Et même ceux qui croient en connaître les moindres recoins seront ébahis en découvrant "leurs" usines, figures du quotidien, comme ils ne les ont jamais vues. Car à l'occasion de Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture, Sauvan a obtenu des industriels un précieux sésame qui lui a permis d'aller là où le commun des mortels n'a pas accès - les entrailles des usines - et de les photographier.
C'est ainsi que les haut-fourneaux d'ArcelorMittal - ex Sollac - à Fos-sur-Mer, se transforment en portes de l'enfer ; que l'ancienne raffinerie Shell à Berre-l'Étang, fermée en 2012 et dépecée depuis, prend, elle, des allures de grand cimetière de pachydermes métalliques ; qu'une photographie de l'intérieur d'une vieille cuve devient une véritable toile d'art contemporain et que les mythiques cheminées rouges et blanches d'EDF, a priori condamnées à disparaître, sont rebaptisées "les demoiselles de Ponteau"
En fait, les photos de Sauvan laissent à l'esprit la liberté d'imaginer ce que voit l'œil, elle est donc accessible à tous : adultes comme enfants, habitants du pourtour comme étrangers, passionnés de l'industrie comme amoureux de l'environnement, personne ne peut y rester insensible.
Outre le talent du photographe, ce qui fait la force de son œuvre, c'est qu'elle représente quarante ans de travail, et bien plus encore à arpenter ce tour de l'étang. Natif de Salon-de-Provence, Alain Sauvan est né et a grandi dans ce décor industriel qui l'a tant fasciné, happé même, et assiste aujourd'hui à son lent déclin, dont il est devenu le témoin privilégié.

Quant au titre, un brin énigmatique, de cette exposition, Production et Dépossessions, l'artiste l'explique dans cette interview-vidéo.
Car si son œuvre participe d'un travail de mémoire, elle interroge également l'avenir de ces sites industriels, un avenir ponctué de points d'interrogation.
Et ce travail dans la durée a conquis Danielle et Patrick venus spécialement de port-de-Bouc pour découvrir cette exposition (vidéo)

Production et Dépossessions - c'est le titre de cette exposition photographique signée Alain Sauvan - est visible au musée Ziem jusqu'au 31 janvier prochain...