Temps forts

Inscrivez-vous
Ecoutez MAritima RADIO en direct

"L'infodémie", cet autre virus qui inquiète

M. Chaix M. Chaix
Partagez cet article
  • Pratager sur Google+

On l'appelle l'infodémie... Ce mot-valise qui fusionne information et pandémie. Il reflète la vague d'informations à la fois exactes et inexactes qui circulent en cette période de crise. Théories du complot, inconscience face au virus, besoin de liberté et perte de confiance généralisée... Le phénomène s'est illustré dimanche à Marseille lors de ce carnaval clandestin à la Plaine. Avec cette crise, la parole publique a largement été remise en cause. Reportage dans les rues de Marseille

"De la défiance ? Pas complètement, à vrai dire, je n'aimerais pas être à la place du gouvernement, c'est pas évident pour eux non plus" reconnaît Chantal, cette retraitée dans les rues de Marseille. Scandale des masques, des tests, pénurie de vaccins, erreurs de communication... Selon un sondage Ifop seulement un tiers des Français estime le gouvernement capable de faire face à l’épidémie. "Ils nous mènent en bateau, on ne peut pas aller au restaurant, mais on se retrouve par centaines dans les transports en commun aux heures de pointe. Je n'ai hâte que d'une chose, les prochaines élections en 2022 pour évincer Macron" tranche Karim, ce père de famille. Avec les confinements successifs, et la valse incessante des ouvertures et fermetures des lieux publics, difficile pour la population d'y voir clair. Certains s'interrogent sur l'efficacité des différentes mesures, un an après le début de la crise.

A ce jour, 16 départements français sont confinés selon des règles plus assouplies : plus besoin d'attestation en journée pour toute sortie à moins de 10 km du domicile. En revanche, l'attestation reste obligatoire pour toute sortie en dehors des heures de couvre-feu (19h-6h) ainsi que pour celles au-delà de 10 km du domicile ou si le confinement se fait ailleurs qu'au domicile. "Pour moi c'est pas du confinement ça, je ne suis pas sûre que cela freine l'épidémie" confie Marie, venue faire des courses au Centre Bourse. Si une grande partie des Français fait figure de bon élève, le scepticisme et la lassitude ont gagné certains. Dimanche, 6500 personnes ont participé au traditionnel carnaval de La Plaine, une manifestation non-déclarée, sans masque et sans distanciation. Les organisateurs revendiquaient "le droit à la fête, après des mois de frustration". 

Crise de confiance dans les médias

La parole politique n'est pas la seule menacée par la crise. La confiance des Français envers les médias a légèrement augmenté selon ce baromètre annuel réalisé par Kantar entre les 7 et 11 janvier, pour le quotidien La Croix, et publié mercredi 26 janvier. L'opinion reste cependant très partagée sur le traitement médiatique de la pandémie du Covid-19.

Un constat qui se retrouve aussi dans les rues marseillaises."Je n'y crois plus vraiment, surtout de la part de nos médias nationaux, je préfère lire la presse étrangère" explique Alain. Pour Chantal, la presse sera toujours indispensable et encore plus en tant de crise, mais "difficile de savoir ce qui est vrai, de ce qui ne l'est pas. On doit mener un vrai travail de tri" ajoute-t-elle. Enfin, Marie regrette l'aspect sensationnel de certaines chaînes d'informations : "ces grands groupes de presse doivent répondre à des enjeux économiques, certes, mais l'info-spectacle a été particulièrement anxiogène en ces temps de crise, surtout au début. Ils attisent le feu souvent" regrette-t-elle.

"Combattre la méfiance"

Face au manque de crédibilité de la parole publique, les institutions tentent de se mobiliser. "Il ne faut pas minorer cette méfiance. Nous sommes tous responsables (...) On est à la fois responsables de l'analyse de ce qu'on entend et de ce que l'on en colporte" expliquait la semaine dernière Sébastien Debeaumont, directeur adjoint à l'ARS PACA, invité de Maritima. "La défiance atteint un niveau inquiétant (...) Elle est liée à des erreurs de communication". Sébastien Debeaumont appelle à la confiance, "lorsque nous délivrons les niveaux de circulation du virus, on s'appuie des chiffres scientifiques. Il y a un an on pouvait encore en douter. Aujourd'hui, la vérité est bien là".

La méfiance a encore été encouragée dernièrement par le retrait temporaire du vaccin AstraZeneca, remis depuis en circulation sur le marché. Une étude publiée lundi révèle que la confiance des Européens dans le vaccin contre la Covid-19 a chuté ces deux dernières semaines, sur fond d'inquiétudes quant à d'éventuels effets secondaires. Le vaccin est perçu comme plus dangereux en France mais aussi en Italie et en Espagne.