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"Les données sont surréalistes", le professeur Raoult réagit aux résultats de l'étude Recovery

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"Les données sont surréalistes", le professeur Raoult réagit aux résultats de l'étude Recovery

M. Chaix M. Chaix
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Il y a trois jours, l'étude Recovery menée en Angleterre concluait que l'hydroxychloroquine n'avait aucun effet bénéfique sur les patients hospitalisés pour Covid-19. Depuis, les essais cliniques sur cette molécule ont été arrêtés outre-Manche. L'infectiologue Didier Raoult pointe des manquements dans la méthologie de l'étude

 

L'hydroxychloroquine n'en finit plus de faire couler de l'encre. Deux professeurs de l'université d'Oxford avaient recruté depuis le mois de mars plus de 11 000 patients dans 175 hôpitaux du Royaume-Uni pour trancher enfin sur l'efficacité de la molécule. Le 5 juin, les résultats préliminaires du plus grand essai clinique mené à ce jour démontraient que la chloroquine était inefficace contre le Covid-19 mais néanmoins peu toxique.

Pour Didier Raoult, l'étude a été réalisée bien avant qu'on ne connaisse les critères de définition de la maladie. "Le symptôme le plus évocateur de Covid-19 est le fait de ne plus sentir les odeurs". "Dans Recovery, l'essai a été mené sur des patients qui présentaient des symptômes similaires mais on ne connaît pas la proportion des patients dépistés de ceux qui n'ont pas été dépistés" explique-t-il. "On ne sait pas clairement ce qu'ils avaient et donc on ne sait pas clairement s'ils étaient porteurs". Le professeur "s'étonne qu'un essai clinique pour un médicament soit mené alors qu'on ne connaît même pas la nature de l'infection des patients". 

Également, selon le professeur, les différents stades de la maladie n'ont pas été pris en compte dans l'étude. "Le premier stade est celui où le virus parle, le second constitue la réaction immunitaire, le 3ème correspond au stade grave en réanimation où des lésions tissulaires se forment" détaille-t-il. " C'est au premier stade qu'il faut intervenir avec la chloroquine, le second est traité grâce à des médicaments comme des corticoïdes et le troisième est du ressort du réanimateur". "On ne peut pas prévoir le même médicament pour ces 3 stades" conclut-il.

"La non-toxicité de la chloroquine enfin démontrée"

Si le professeur considère que cette étude ne permet pas de trancher sur l'efficacité de la molécule, elle démontre néanmoins qu'elle n'est pas toxique. En Angleterre, les doses de chloroquine administrées sont 4 fois supérieures à celles utilisées dans l'essai européen Discovery. Les chercheurs d'Oxford n'ont d'ailleurs constaté aucune surmortalité liée au traitement. "Les Anglais ont utilisé des doses jamais prescrites auparavant, 2,4g de chloroquine, cela démontre enfin que la molécule n'est pas toxique" se félicite-t-il. "Il y a une semaine, on entendait partout que les patients mourraient du rythme cardiaque à cause de la molécule... Recovery est un bon essai pour évaluer la toxicité" affirme le professeur.

Enfin, le professeur analyse la mortalité de cette étude. "C'est incroyable, dans les deux groupes il y a 25% de mortalité, on se demande où ils sont allés chercher les malades". Et le professeur de conclure : "Avec le temps, la mortalité sera le faiseur de paix, l'arbitre. Pour l'instant, c'est dans les pays les plus riches, là où l'on était obsédés par l'idée de faire des essais thérapeutiques, que la mortalité est la plus forte".

En Angleterre, la chloroquine a été exclue des essais, mais l'étude Recovery va se poursuivre. Elle va tester l'efficacité du lopinavir/ritonavir, un traitement utilisé contre le VIH, un médicament stéroïdien (déxamethasone) ; l'azithromycine, un antibiotique et le plasma de convalescents.

 

L'intégralité de la vidéo est à retrouver ici.