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Réouverture des établissements : restaurateurs, cafetiers et hôteliers naviguent à vue

Réouverture des établissements : restaurateurs, cafetiers et hôteliers naviguent à vue

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Réouverture des établissements : restaurateurs, cafetiers et hôteliers naviguent à vue

M. Chaix M. Chaix
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La réouverture des hôtels, bars et restaurants pourrait avoir lieu à partir du 2 juin dans certains départements selon un protocole sanitaire strict. Pourtant, de nombreuses inconnues persistent pour les professionnels du secteur. Entretien avec Frédéric Jeanjean, secrétaire général de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie et propriétaire de la brasserie Les Templiers à Marseille.

 

 

Frédéric Jeanjean, ce mardi, face à l'inquiétude des professionnels du secteur, vous deviez vous réunir (vous ainsi que vos adhérents) pour faire le point sur les mesures annoncées par le Premier ministre. Une manifestation qui a finalement été annulée.

Oui, nous voulions faire le point sur la manière dont nous allons nous organiser en vue de la réouverture. Nous fonctionnons sur un système coopératif, s'il faut s'équiper, en plexiglas notamment, nous négocions les prix. Nous avons besoin de travailler ensemble, de chercher des pistes pour sauver nos outils, nos emplois qui génèrent de la richesse. Alors qu'on nous invite aux urnes dans quelques semaines, nous n'avons pas le droit de nous réunir à plus de 10 pour plancher sur ces questions essentielles...C'est toute la limite de cet exercice. La préfecture a annulé cette réunion pour "des questions sanitaires".

Justement, comment ces professionnels appréhendent-ils la reprise et comment s'y préparent-ils ? 

La préparation a commencé pendant le confinement déjà. D'abord, il n'aura échappé à personne que les ventes à emporter se sont développées un peu partout. Cela permet aux professionnels de maintenir une activité, même si le chiffre d'affaire est de -10% par rapport aux autres années. L'intérêt c'est surtout de renouer avec la clientèle. Beaucoup de gens nous soutiennent. Les professionnels ont du mal à appréhender la reprise et l'accueil du public. La date du 2 juin est éventuelle et l'échéance trop courte. Comment équiper tous ces établissements en moins d'une semaine ? Nous allons être à flux tendu et beaucoup de professionnels se demandent s'ils seront prêts. 

D'après vous, comment sera le bar ou le restaurant de demain ?

Justement, est-ce que le bar ou le restaurant de demain pourra encore exister ? Il est prévu tout un système de distanciation dans ces établissements, ce qui implique de lourds aménagements. Comment rentabiliser si on perd 50 ou 60% de la surface d'exploitation ? Il va falloir revoir notre façon de travailler, nos engagements avec les salariés, les fournisseurs. Il en va de la survie de nos établissements.

De lourds aménagements vous le disiez, notamment pour les terrasses. Ce qui va engager des surcoûts. Comment faire face pour ces professionnels déjà dans une situation économique compliquée ? 

Le mobilier nous l'avons, la vraie difficulté réside dans l'extension des surfaces des terrasses. Cela relève de la compétence des mairies et chacune va régler ça à sa manière. Certaines ont proposé des exonérations totales ou partielles, d'autres font la sourde oreille... A tout cela s'ajoute le second tour des municipales. Il reste encore beaucoup de communes sans maires et ces décisions dépendent d'eux. Nous ne serons pas fixés avant fin juin ou début juillet. Nous naviguons à vue. Des aides nous ont été proposées par le gouvernement, et le message est clair: si vous avez des difficultés, il faut engager des prêts. 

D'après un sondage du collectif "Resto ensemble", 30% des restaurants, bars et hôtels pourraient mettre la clef sous la porte en France. Quelle est la situation dans les Bouches-du-Rhône ?

Pour l'instant, nous n'avons pas de données fiables, mais il y a de grosses craintes pour la période qui arrive. Le tribunal de commerce a alerté notamment sur le mois de juin et de septembre, d'autant que la saison est déjà bien avancée. Il y a des difficultés à estimer le préjudice et la catastrophe qui va en découler.

 Pour résumer, en une phrase, quelles sont aujourd'hui vos attentes précises de la part de l'Etat et des collectivités face à vos difficultés ? 

Très simplement qu'ils comprennent enfin le malaise. Nous devions nous réunir aujourd'hui avec l'ensemble des adhérents du département. Les adhérents des Alpes-Maritimes et des Hautes-Alpes ont également répondu à notre appel. C'est dire si l'inquiétude est grande. Aujourd'hui nous attendons un cap, des engagements clairs et surtout une compréhension de ce que sont nos métiers. 

 Entretien à retrouver demain dans la matinale de Maritima Radio.