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Safran à la BA 125 d'Istres : un moteur au centre

Safran à la BA 125 d'Istres : un moteur au  centre

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Safran à la BA 125 d'Istres : un moteur au centre

M. Montagne M. Montagne
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Le Rafale s'exporte - enfin - et avec lui son moteur, le M88, un bijou de technologie, au point que son constructeur, le français Safran, déjà présent dans l'enceinte de la BA 125, vient de construire et inaugurer un nouveau centre qui lui est entièrement dédié.

 BA 125 à Istres : un moteur au centre du centre
 BA 125 à Istres : un moteur au centre

Le Rafale se vend ! "Enfin" pourrait-on rajouter.

En 2015, 24 exemplaires sont en effet acquis par l'Égypte, 24 le sont également la même année par le Qatar (qui en acquiert 12 supplémentaires en 2017), et enfin 36 par l'Inde en 2016 : la fin d'une malédiction qui semblait plomber le ciel de l'avion de combat français, longtemps réputé invendable. 

(on se rappelle ainsi de la commande par le Brésil, annoncée comme ferme, de 36 Rafale et d'un président Sarkozy qui avait claironné un peu prématurément que le contrat était acquis avant que, en 2013, la vente n'avorte et que les Brésiliens ne choisissent finalement le Gripen suédois, avion bien moins performant mais moins coûteux.
)
Entre temps, le talent diplomatique de Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense sous François Hollande et actuel ministre des Affaires étrangères d'Emmanuel Macron, en a fait le VRP, aussi discret qu'efficace, de Dassault Aviation, le constructeur de cet avion omnirôle. 

Aidé en cela, il faut bien le reconnaître, par la participation du Rafale à toutes les opérations extérieures de la France depuis 2007 - Afghanistan, Libye, Mali, Irak, Syrie - ce qui a permis aux éventuels états intéressés d'évaluer les performances du fleuron de Dassault dans des conditions de combat réelles : quand une zone de conflit devient, incidemment on l'espère, le terrain de démonstration de notre arsenal. 


Le fiabilité du Rafale tient évidemment et en premier lieu à son moteur, le M88, construit par le motoriste aéronautique et spatial français Safran Aircraft Engines, ex Snecma. Un engin complexe de 3,50 mètres de long et 900 kilos, composé de 21 modules qui lui permet d'être changé et monté en une petite heure sur l'avion, il permet à l'aéronef d'atteindre la vitesse maximale de Mach 1,8 soit 2203 km/h ! (avec une vitesse de croisière de Mach 1,4 soit 1715 km/h)

"Quand on est aux commandes du Rafale, on oublie complètement son moteur" : c'est ce qu'avait confié un pilote aux personnels de Safran, un constat qui, aux yeux des salariés du motoriste, équivalait au plus beau des compliments.

En revanche, certains ne l'oublient jamais, y pensent au contraire tout le temps, voire même en rêvent. Ce sont les mécaniciens chargés de son entretien, une mission tellement délicate que Safran a donc décidé de construire un centre de formation affecté spécialement à la maintenance du M88.

Car à la différence d'une vente de voiture à l'issue de laquelle l'acheteur part avec son véhicule et, en cas de problème, se rend chez le garagiste, la vente d'un avion comme le Rafale implique pour le vendeur de former également son conducteur, en l'occurrence le pilote, ainsi que ses mécaniciens.
Une maintenance essentielle car un moteur bien entretenu donne à l'avion une "espérance de vie" d'une quarantaine d'années. Au prix d'un Rafale, évalué entre 68 et 78 millions d'euros ttc l'unité, l'amortissement du matériel n'est pas un luxe. 

C'est ainsi que le nouveau bâtiment construit par Safran dans l'enceinte de la base aérienne 125 d'Istres, et inauguré la semaine dernière en présence des autorités civiles et militaires, va pouvoir accueillir la première promotion de stagiaires formés à la maintenance du M88.

Ils sont 12 issus de l'Indian Air Force, l'armée de l'air indienne (qui vient de réceptionner ses trois premiers Rafale il y a peu).
Au programme, 26 semaines de formation intensive à l'issue desquelles le M88 n'aura plus de secrets pour ces stagiaires, tous déjà mécaniciens de niveau ingénieur.
Ils bénéficieront au passage des moyens techniques les plus avancés : maquette numérique, réalité virtuelle, lunettes de réalité augmentée. 

Si Safran Aircraft Engines, 95 000 salariés à travers le monde, ne compte que 70 personnels dans l'enceinte de la BA 125, le site istréen n'en est pas moins stratégique pour l'entreprise française. 


Présente sur place depuis 1962 sous la dénomination sociale, à l'époque, de SNECMA (société nationale d'étude et de construction de moteurs d'aviation) et devenue Safran en 2005, c'est à Istres que le motoriste teste tous ses moteurs, que ce soit par des essais en vol ou des essais au sol (dans ce dernier cas de figure, grâce notamment à un nouveau banc d'essais à l'air libre de 80 000 mètres carrés, unique en Europe, inauguré en 2017 et qui permet de tester les moteurs du futur, à l'image du prototype civil Open Rotor). 


Mais la BA 125 fait également office de "biotope industriel" pour Safran puisque l'enceinte militaire héberge également une unité de Dassault Aviation, le constructeur du Rafale, de Thales qui gère la partie électronique. Sans oublier, dépendant de la DGA essais en vol, l'EPNER, la prestigieuse école du personnel navigant d'essais et de réception qui forme les pilotes d'essais, français et étrangers, de tout ce qui vole, avions comme hélicoptères (on imagine aisément les passerelles qui peuvent relier sur place l'EPNER et ses pilotes qui testent avec Safran et ses moteurs à tester)

Sans oublier l'hôte des lieux, l'armée de l'Air elle-même, principale acquéreuse du Rafale (son parc en compte actuellement une centaine tandis que la Marine en est dotée, elle, d'une cinquantaine), qui voit ainsi défiler sous ses yeux les futurs équipements de demain testés dans son enceinte. 


Et pour Safran, deux avantages non négligeables à "habiter" la BA 125 :
nul besoin de s'occuper de la sécurité de ses installations, elle est assurée par les militaires.
Et, pour les stagiaires étrangers, eux-mêmes issus de leur armées nationales, c'est toujours un prestige - et un gage de fiabilité - que de recevoir une formation au sein même d'une armée de l'Air française qui jouit d'une excellente réputation au sein de l'aviation militaire internationale. 

 
En vidéo, les interviews illustrées de Sylvie Baratte, chef du projet centre de formation à la maintenance et responsable de la formation sur les moteurs militaires Safran Aircraft Engines et de Guy Christophe, directeur du centre d'essais en vol Safran Aircraft Engines à Istres



(interviews et images : Michel Montagne / Maritima Médias avec images de Safran Aircraft Engines Communication)