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Le monde de la nuit au coeur du procès Mariani

Le monde de la nuit, en l'occurrence celui des boîtes d'Aix-en-Provence, est au coeur d'un procès pour racket intenté depuis lundi à Jacques Mariani, fils d'une figure décédée du banditisme corse.

"Pouvez-vous m'éclairer sur les spécificités du monde de la nuit ? Y a-t-il des choses qu'on fait la nuit, qu'on ne ferait pas le jour ?", demande le vice-procureur, Marc Rivet, au gérant de la Joia, une discothèque d'Aix ayant, selon une ex-employée, servi de "pompe à fric" à Mariani.

"C'est un peu faux-cul, gentil devant, méchant derrière. C'est comme le Lido, c'est pas si beau que ça en a l'air", répond le prévenu, l'un des dirigeants d'établissement jugés pour avoir détourné de l'argent au profit de Mariani, qui leur en demandait depuis la prison de Saint-Maur où il est détenu.

Ce dossier ambigu d'extorsion de fonds, où les rackettés, victimes a priori, se retrouvent suspects, met au jour le fonctionnement des établissements de nuit dits "aux mains du milieu", avec son lot d'opacités (emplois fictifs, caisses noires, etc.) et de faux-semblants.

A la Joia par exemple, difficile de distinguer entre associés, porteurs de parts, gérants de fait, gérants de droit, vrais salariés et employés clandestins, sans compter "les yeux de Jacques Mariani" : les deux hommes qu'il a envoyé surveiller l'activité de la boîte en 2008 et 2009.

Une seule certitude : "c'est Mariani qui est derrière", selon les premières déclarations faites aux enquêteurs, sur lesquelles certains se sont depuis rétractés, une constante dans les dossiers corses.

Mais "peut-on me dire ce qu'est un gérant +par derrière+ ?", ironise Me Eric Dupond-Moretti, l'un des avocats de Mariani, qui nie les faits et ne parle pas de "racket", mais de "sponsor" pour expliquer les milliers d'euros qu'il recevait, en dépit d'écoutes téléphoniques plutôt éloquentes.

A la barre, l'ex-comptable de la Joia - "la seule dans cette procédure à avoir assumé ce que vous avez fait, ce que vous avez dit", la félicite le procureur - explique assez bien la gestion "par derrière" d'une boîte de nuit.

Elle décrit comment son père, associé minoritaire de la discothèque et gérant de fait, était "soumis à Mariani", "un ressenti qui la dérangeait et qui leur pourrissait la vie".

Elle-même, parmi d'autres, envoie 4.500 euros au détenu, des lunettes de soleil et une paire de mules à 200 euros, pour améliorer l'ordinaire carcéral, payer des avocats ou des proches. Et quand elle alerte sur les finances de la Joia, endettée pour travaux, on lui répond qu'il est "impossible d'arrêter comme ça, car Mariani ne serait pas d'accord".

Mariani qui intimide - son casier judiciaire comporte sept mentions, dont sa condamnation en 2008 à 15 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat d'un nationaliste corse - tout comme son père, Francis, ex-pilier de la bande corse de la Brise de Mer, mort sur l'île en 2009 alors qu'il était en cavale.

"Il sera longuement question de réputation dans ce dossier", a prévenu la défense de Mariani, qui plaidera la relaxe en fin de semaine.

Le contexte ne joue pas en sa faveur, alors que la justice marseillaise vient de démanteler une bande corse rivale, également soupçonnée de racket dans les boîtes d'Aix, dont la Joia.

Son actuelle gérante de droit était à l'audience lundi. "Je ne connais personne, là", a-t-elle déclaré à la barre. Et pour cause : elle a été placée en garde à vue la semaine dernière aux côtés de ceux qui avaient pris la place de Mariani pour gérer "par derrière" la discothèque.

(Avec AFP)

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