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La Chine interdit l'importation d'ivoire sculpté

La Chine a imposé une interdiction d'un an à l'importation d'ivoire ouvragé, en réponse aux critiques internationales accusant la demande croissante du marché chinois d'encourager le massacre des éléphants, menacés d'extinction d'ici à une génération, mais la mesure est qualifiée de "symbolique" par une ONG.

La décision, entrée en vigueur jeudi, a été annoncée dans un communiqué posté sur le site de l'Administration des Forêts.

Elle survient à la veille de la visite en Chine du prince William, duc de Cambridge, qui mène activement campagne contre la contrebande internationale liée au braconnage des animaux sauvages - sujet qu'il doit aborder mercredi lors d'une conférence dans la province du Yunnan (sud).

Pékin est signataire de la Convention sur la protection des espèces en danger (CITES) - qui interdit presque toutes les formes de négoce international sur les défenses d'éléphants à l'exception d'enchères exceptionnelles sur des stocks africains -.

Mais la Chine reste le principal consommateur mondial d'ivoire de contrebande. Les ventes d'ivoire ouvragé sont légales dans le pays, dont la demande alimente le massacre de dizaines de milliers de pachydermes africains par an.

La sculpture sur ivoire est un art ancien en Chine et ces objets finement ouvragés - souvent des scènes tirées de la tradition bouddhiste, mais aussi des sceaux ou de simples baguettes - sont prisés des collectionneurs, qui y voient un investissement de valeur.

- 'Hors de contrôle' -

Pour Sammi Li, porte-parole de l'organisation internationale TRAFFIC (réseau de surveillance du commerce de la faune et de flore sauvages), cette interdiction est "une reconnaissance par la Chine de son rôle dans la contrebande d'ivoire".

Mais la mesure "est plus symbolique qu'efficace, car le volume concerné est très limité", a-t-elle déploré, dans une déclaration transmise à l'AFP.

De fait, la contrebande internationale concerne en effet essentiellement les défenses ou de l'ivoire brut, qui représentent 90% de saisies, selon une base de données liée à la CITES.

Certes, Pékin a déjà fermé au moins dix ateliers d'ivoire légalement enregistrés et jeté en prison des centaines de trafiquants, mais ces mesures - de l'avis des ONG - apparaissent très timides face à l'ampleur du secteur.

Un responsable de l'Administration des Forêts faisait état en mai 2013 de 37 entreprises spécialisées dans l'artisanat de l'ivoire et de 145 firmes de négoce.

Entre 800 et 900 affaires de contrebande d'ivoire sont mises au jour en Chine chaque année, selon les statistiques des douanes. Et plus de la moitié des entreprises engagées dans le commerce légal de l'ivoire sont aussi impliquées dans des transactions illégales.

En décembre, un rapport de l'ONG environnementale Save the Elephants et de la fondation Aspinall a évalué à plus de 100.000 le nombre d'éléphants abattus entre 2010 et 2012, en raison d'un commerce chinois croissant dans des proportions "hors de contrôle".

Le prix de l'ivoire brut en Chine a bondi de 550 euros le kilo en 2010 à 1.540 euros en 2014.

"Tous les chiffres ont explosé ces dernières années: prix de l'ivoire brut et ouvragé, ateliers enregistrés, échoppes légales ou clandestines, objets mis en vente", s'alarmait ce rapport.

- 'Frénésie d'achat' de hauts officiels -

Face à une pression internationale très médiatisée, Pékin cherche à donner des gages.

Meng Xianlin, directeur de l'administration gérant le commerce des "espèces menacées", a indiqué au journal officiel China Daily que "le volume de la production illégale d'ivoire est bien plus restreint que la production légale".

Le nombre d'affaires de contrebande d'espèces sauvages en Chine a chuté de 70% l'an dernier, a d'ailleurs assuré le quotidien.

La dernière grosse acquisition légale d'ivoire importée en Chine remonte à 2008 (62 tonnes), et "il n'y a pas eu d'importation significative depuis", a affirmé à l'AFP un responsable de l'Administration des Forêts.

Et le pays rappelle qu'il n'est pas seul responsable: "Stopper le braconnage et la contrebande exige les efforts conjoints de toutes les parties impliquées", a martelé jeudi Hong Lei, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

En novembre, l'ONG Agence d'investigation environnementale (EIA) n'en avait pas moins épinglé de hauts responsables gouvernementaux et militaires du régime, pris d'une "frénésie d'achats" illégaux d'ivoire, lors d'une visite présidentielle en Tanzanie début 2013. Le rapport a été qualifié de "balivernes" par Pékin.

Sur l'année 2013, la Tanzanie - première source mondiale d'ivoire issu de l'abattage illégal - a perdu 10.000 éléphants, et le braconnage y atteint des niveaux si alarmants que les pachydermes pourraient disparaître du pays d'ici à 2020, a prévenu la Société de protection des éléphants de Tanzanie (Teps).

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