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Les migrants, "boucs émissaires" faciles

Alors que le nombre de morts sur la route de l'exil a atteint des records en 2014, manifestants et organisations ont déploré jeudi, à l'occasion de Journée internationale des migrants, la crispation des opinions publiques et des politiques autour de ces "boucs émissaires".

Entre 500 et 1.500 personnes se sont rassemblées à Calais, où se cristallise le problème des migrants en France, pour protester contre la construction de ce qu'ils appellent "mur de la honte", destiné à repousser les clandestins qui tentent de gagner l'Angleterre.

"D'habitude je monte sur scène pour faire rire, aujourd'hui j'ai envie de pleurer", a lancé l'humoriste Guy Bedos sur un camion du Mouvement Emmaüs, organisateur du rassemblement avec l'Organisation pour une citoyenneté universelle.

Dans le cadre d'un accord franco-britannique conclu en septembre, la clôture existante du port de Calais a été doublée et surmontée de fil de fer hérissé de lames coupantes et des barrières vont être installées à partir de janvier sur deux kilomètres de long de chaque côté de la rocade menant aux embarcadères.

A Paris, environ 200 personnes se sont rassemblées dans la soirée pour demander un meilleur traitement des migrants. Derrière une banderole proclamant "liberté de circuler, liberté de s'installer", les manifestants réunis à l'initiative de l'Union nationale des sans-papiers devaient, à l'issue de leur cortège, déposer une gerbe en hommage aux migrants morts alors qu'ils fuyaient leur pays.

Près de 5.000 migrants (4.868 au total) ont péri cette année sur la route de l'exil, que ce soit "en mer, dans les déserts éloignés ou dans des montages difficiles d'accès", a indiqué l'organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Ce bilan, deux fois plus lourd que l’année dernière, fait de 2014 l’année la plus meurtrière qu’on connaisse", selon l'organisation.

- 'Conditions précaires et injustes' -

L'agence des Nations unies en charge des réfugiés (HCR) avait déjà indiqué début décembre que 3.419 migrants avaient péri en Méditerranée en 2014, un record. L'Europe doit en effet gérer un afflux sans précédent de migrants en provenance d'Afrique, émaillé régulièrement de sauvetages en mer et naufrages dramatiques.

Conséquence directe de la multiplication des conflits dans le monde (Syrie, Irak ou Libye), de l'épidémie Ebola ou du changement climatique, le monde compte aujourd'hui 33,3 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et 16,7 millions de réfugiés. "Il n’y a jamais eu autant de personnes déplacées par des violences et des conflits depuis la Deuxième Guerre mondiale", estimé l'OIM.

Face à cette hausse de la "migration par désespoir", les organisations appellent à améliorer l'accueil des migrants et déplorent le raidissement des opinions publiques sur les thématiques d'immigration.

Le monde compte 232 millions de migrants et "trop (...) vivent et travaillent dans des conditions précaires et injustes. Beaucoup risquent leurs vies en mer en tenant à trouver refuge. Beaucoup sont privés de liberté au lieu d’être accueillis avec l’empathie et la protection dont ils ont besoin", a dénoncé le secrétaire général de l'ONU Ban ki-moon.

Les décideurs politiques doivent "prendre des initiatives afin que les droits fondamentaux des migrants soient protégés", au lieu d'en faire des "boucs émissaires", a pour sa part estimé le responsable pour Amnesty International du programme Droits des réfugiés et des migrants, Sherif Elsayed-Ali.

Notant la "nette poussée cette année du sentiment anti-immigrant dans les pays européens", le responsable a accusé l'Europe de répondre surtout par un renforcement de la sécurité aux frontières, qui pousse selon lui les migrants à emprunter "des trajets de plus en plus dangereux".

Le 18 décembre a été choisi par les Nations unies depuis 2000 pour la Journée internationale des migrants afin de "réaffirmer les droits des migrants, de dissiper les préjugés et de sensibiliser l’opinion à leurs contributions dans les domaines économique, culturel et social".

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