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La Défense veut être "exemplaire" contre les violences sexuelles dans les armées

La Défense a annoncé mardi un plan d'action pour lutter contre les violences sexuelles et le harcèlement dont sont victimes les femmes militaires, tout en affirmant l'importance de poursuivre la féminisation des armées.

"L'objectif pour les armées françaises c'est la tolérance zéro, elles doivent être exemplaires", a affirmé Jean-Yves Le Drian à l'occasion de la remise d'un rapport sur la prévention des risques de harcèlement sexuel et moral dans les armées.

Mesure symbolique de la féminisation, le ministre de la Défense a annoncé l'ouverture aux femmes des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) - dernier bastion masculin de la défense - à bord desquels trois femmes officiers pourront embarquer pour la première fois en 2017.

Un mois et demi après la parution d'un livre-enquête qui a dénoncé l'ampleur des violences et du harcèlement dans les armées, le ministre a annoncé une série de mesures visant en premier lieu à accompagner les victimes. Avec un double objectif : "Il faut aider les victimes dans leurs démarches, aider aussi le commandement dans son action".

Une cellule spéciale baptisée Thémis va être mise en place "afin d'être à l'écoute, d'encourager, mais aussi d'initier les actions à entreprendre à la fois par les victimes et par le commandement", a indiqué le ministre.

La prévention sera également renforcée, avec en particulier la transposition dans le Code de la défense des articles relatifs aux harcèlement moral et sexuel du statut des fonctionnaires. Un droit à la "protection juridique" sera également ouvert pour les victimes de tels agissements.

- L'armée la plus féminisée d'Europe -

Un effort doit aussi être entrepris pour mieux organiser la mixité des personnels, avec "la séparation des sanitaires et des chambrées" lors de la rénovation des bâtiments militaires.

Une "plus grande transparence" sera organisée avec la publication de "statistiques annuelles, publiques", des cas recensés. La chaîne des sanctions à l'encontre des auteurs de violences et de harcèlement, qui peuvent aller de l'inscription au dossier à la radiation, doit enfin être "clarifiée".

Jean-Yves Le Drian avait lancé une enquête interne après la parution fin février de "La guerre invisible", un livre recensant des dizaines de cas de violences sexuelles. Les auteurs dénonçaient en particulier une forme de "loi du silence" dans les armées, les victimes étant selon elles régulièrement dissuadées de dénoncer les faits.

Pour le ministre en revanche, "il n'y avait pas d'omerta". "Les commandements, lorsqu'ils étaient saisis de tels faits, accompagnaient la démarche en justice des victimes. Mais il y avait des insuffisances dans la manière d'agir, l'articulation entre sanctions disciplinaires et chaîne pénale, et dans l'information des droits des victimes", a-t-il admis.

Les deux hauts responsables de la Défense chargés de l'enquête ministérielle ont entendu environ 300 femmes en un mois. "Elles sont courageuses, mais elles encaissent parfois des choses qu'elles ne devraient pas encaisser", souligne le contrôleur général des armées, Brigitte Debernardy, selon laquelle quand l'information sur des cas de violence remonte à la hiérarchie, "elle est correctement traitée".

Avec 15% de femmes militaires - pour seulement 10% en Grande-Bretagne et 9% en Allemagne -, l'armée française est la plus féminisée d'Europe. La mixité de la défense est "une conquête", selon le ministre, qui entend "lever les freins qui pèsent encore sur les carrières féminines". Le nombre de femmes officiers généraux dans les armées françaises doit ainsi passer de 3,5% actuellement - 19 sur 531 - à 5% en 2017 et 7% en 2019, a-t-il fait valoir.

L'"isolement" des femmes au sein de certaines unités étant l'une des causes des dérapages, une féminisation accrue des armées devrait à terme permettre d'en limiter les risques.

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