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En Thaïlande, chasse aux marchands ambulants sur les trottoirs de Bangkok

Ils font l'exotisme des rues de Bangkok, avec le bric-à-brac de leurs étals ambulants allant de la soupe de nouilles aux sex toys. Mais les autorités ont décidé de faire place nette sur les trottoirs de la capitale, menaçant tout un pan de l'économie informelle, pourvoyeur de milliers d'emplois.

Impossible de pousser un landau sur un trottoir de Bangkok sans avoir à zigzaguer entre les vendeuses de brochettes, noix de coco ou T-shirts de contrefaçon, qui font le côté provincial de la vibrante mégalopole d'Asie du Sud-Est, malgré ses plus de douze millions d'habitants et ses gratte-ciel.

"Vous pouvez considérer que ça fait partie du charme de Bangkok. Mais le charme de Bangkok doit être accompagné d'un peu d'ordre", assure Vallop Suwandee, conseiller pour la municipalité de Bangkok.

Cette opération "retour des trottoirs aux piétons" coïncide avec une politique plus générale de "nettoyage" de l'image de la Thaïlande depuis le coup d'Etat de mai 2014.

Cela s'est traduit par l'interdiction des vendeurs de rue, au moins dans certaines rues symboliques, comme Khao San Road, le quartier des guesthouses prisées des routards et paradis jusqu'ici des vendeurs de CD piratés et sacs imitant les marques de luxe.

La police assure que les milliers de marchands ambulants de Bangkok resteront "autorisés à vendre", à conditions d'accepter les règles: se replier sur des rues moins fréquentées et ouvrir seulement en soirée.

Mongkol Moradokpermpun fait partie des 3.000 vendeurs du marché de Khlong Thom, dans le centre historique de Bangkok. Le marché avait jusqu'à ce dimanche pour déménager, à plusieurs kilomètres de là.

"S'ils ne changent pas d'avis, des milliers de personnes vont souffrir. Cela va avoir un impact sur nos affaires. Chaque famille aura des problèmes", dit celui qui est vendeur de boissons ambulant depuis 30 ans, tout en préparant du café pour ses clients.

"Je ne peux plus payer les frais de scolarité de mes enfants", se lamente aussi Juttigan Jitcham, vendeuse de nouilles à Silom, le quartier des affaires de Bangkok, qui fait partie de la dizaine de secteurs de la ville visés.

L'interdiction de vendre de jour a divisé par deux ses revenus mensuels, avance cette femme de 30 ans.

La junte s'attaque plus largement au secteur informel, avec des opérations sporadiques, très médiatisées, contre la drogue ou les jeux d'argent. Car le secteur informel des étals de rue rime aussi avec bakchichs aux forces de l'ordre, réputées pour leur corruption.

L'été dernier, un officier militaire a ainsi été inculpé pour avoir extorqué des fonds à des vendeurs de rue de Patpong, quartier chaud de la capitale thaïlandaise, synonyme de gogo-bars et étals divers.

Une rigueur similaire a été imposée dans des stations balnéaires comme Phuket, dans le sud, où les plages sont désormais vidées de leurs cantines ambulantes et loueurs de chaises longues.

- Politique superficielle -

Narumol Nirathron, professeure à l'université Thammasat de Bangkok, s'inquiète d'une opération superficielle, sans souci d'offrir à ces marchands des lieux de vente alternatifs adaptés.

"Il y a des gens qui ne sont pas prêts à être déplacés en si peu de temps. Le trottoir n'est pas seulement là pour les piétons mais aussi pour que certaines personnes puissent y gagner leur vie", explique-t-elle, alors que la Thaïlande a un taux de chômage quasi nul, notamment grâce à cette économie informelle.

Selon la mairie de Bangkok, quelque 20.000 vendeurs de rue sont enregistrés. Ils seraient 400.000 selon une étude datant de 2000. Et la tendance serait à la hausse.

Si certains s'en sortent plutôt bien par rapport à des ouvriers d'usine, nombre d'entre eux viennent des campagnes du nord et du nord-est et vivent dans des conditions difficiles, dans des bidonvilles, certains en plein centre-ville.

Cette masse de travailleurs suscite l'agacement des habitants de Bangkok, jusque sur Facebook où une campagne en faveur de ce "nettoyage" a reçu près de 8.000 "like".

La politique de déplacement des vendeurs de rues menée par Singapour dans les années 1980 est citée en exemple. Une rigueur difficilement applicable à Bangkok.

"Les représentants des autorités viendront et nous nous cacherons. Et quand ils partiront, nous reviendrons", explique un marchand de rue, souhaitant rester anonyme, tablant sur un relâchement de la rigueur ambiante.

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