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Intermittents: le Festival d'Avignon rescapé du conflit, 300.000 euros de pertes

"Le festival d'Avignon a bien eu lieu": à l'heure du bilan, son directeur Olivier Py était partagé entre le soulagement d'avoir évité l'annulation, brandie par les intermittents du spectacle, et l'inquiétude avec 300.000 euros de pertes qui pèseront sur l'édition 2015.

In fine, sur 24 jours de festival, 3 journées de grève des intermittents en lutte contre la nouvelle convention chômage ont empêché au total 12 représentations, selon le bilan dressé lors d'une conférence de presse samedi. La météo s'y est mise avec de fortes pluies et 2 spectacles annulés. La perte s'élève au total à 300.000 euros.

La fréquentation a tout de même atteint 90% (107.992 places vendues) contre 95% en 2013, un chiffre "incroyable dans un contexte vraiment chaotique", a observé Olivier Py.

"Cette lourde perte aura un impact sur la prochaine édition", estime son directeur, qui appelle l'Etat "à nous aider, sinon nous ne pourrons pas remplir nos missions". Le festival pourrait être contraint de réduire sa production de spectacles, de raccourcir la prochaine édition ou d'abandonner ses missions sociales (partenariats avec les scolaires notamment).

Une véritable épreuve du feu pour Olivier Py, qui étrennait sa première édition après dix années du tandem formé par Hortense Archambault et Vincent Baudriller.

"Je voulais un festival politique, je l'ai eu!" lançait le nouveau directeur au début de cette 68e édition mouvementée. Politique, elle le fut de bout en bout, avec les actions d'information des intermittents au début ou à la fin de chaque spectacle, chaleureusement applaudies par le public.

Politique sur le fond également, avec des pièces posant un regard critique sur la société, comme "Nature morte", du Grec Manolis Tsipos, et "Solitaritate" de la Roumaine Gianina Carbunariu.

"Nous sommes là pour poser des questions critiques sur le monde", expliquait le Belge Fabrice Murgia, auteur d'une pièce sur la solitude de l'homme connecté.

Les spectateurs se souviendront aussi longtemps de la danse politique de l'Israélien Arkadi Zaides, intériorisant dans son corps la violence du conflit israélo-palestinien, au moment même où des dizaines de morts tombaient à Gaza.

- "Henry VI", palpitante saga de 18 heures -

Sur le plan artistique, cette première édition d'Olivier Py marque un incontestable retour au texte, dont certains déploraient ces dernières années qu'il soit supplanté par la performance. Au risque de paraître bavard, le 68e Festival d'Avignon aura montré beaucoup de pièces de facture classique, au premier chef celles montées par Olivier Py, le joyeux, mais dithyrambique "Orlando" et le très sombre "Vitrioli".

Un "Hypérion" de 5 heures arides présenté par Marie-José Malis a découragé plus d'un festivalier.

Mais le "Henry VI" de Shakespeare en 18 heures, pari fou du jeune metteur en scène rouennais Thomas Jolly, a emporté tous les suffrages. Cette saga à la mise en scène inventive et joyeuse restera comme l'événement du festival, avec le brillant "The Fountainhead" du Néerlandais Ivo van Hove, magistrale réflexion sur la création, servie par un usage hyper maîtrisé de la vidéo. Son traitement des scènes d'amour physique, si difficiles à mettre en scène au théâtre, a ébloui.

Le Festival a fait la part belle aux jeunes: Thomas Jolly a 32 ans, Fabrice Murgia 30 et Gianina Carbunariu 36. Il a aussi conservé sa fonction de fenêtre sur le monde, avec des pièces des cinq continents.

Le "I Am" énigmatique du Samoan Lemi Ponifasio, longue méditation sur la guerre de 14-18, a décontenancé plus d'un spectateur. Mais "Haeehek" de l'Egyptien Hassan el Geretly, patchwork de chansons et de témoignages sur la révolution de la place Tahrir, et "Coup Fatal", spectacle jubilatoire donné par un contre-ténor congolais et des musiciens prodigieux de Kinshasa ont emporté tous les suffrages.

Olivier Py n'a donné aucune indication sur la programmation de 2015, attendant sans doute de savoir quelle sera la réponse du ministère de la Culture à son appel.

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