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Soixante ans après, la guerre d'Algérie reste la "référence ultime" à Alger

Soixante ans après le début de la guerre d'Algérie qui a mis fin à 132 ans de colonisation française, cette insurrection reste encore la source de légitimité du pouvoir mais son influence tend à s'estomper.

Les principaux dirigeants algériens, dont le président Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, qui fut ministre à 25 ans, sont des vétérans de cette guerre lancée le 1er novembre 1954.

La date est entrée dans l'histoire de France comme la Toussaint rouge. Cette nuit-là, une trentaine d'attentats visent des postes de police ou des casernes, symboles de la présence coloniale, faisant sept mort, dont un instituteur et un notable musulman.

En fait, l'histoire de l'ancienne colonie est jalonnée de plusieurs soulèvements contre la France qui avait conquis l'Algérie en 1830 pour en faire une colonie de peuplement rattachée à la métropole. Une minorité d'Européens y bénéficiaient d'un statut politique, économique et social supérieur à celui de la majorité des "indigènes".

Ce n'est pas un régime d'apartheid inscrit dans la loi comme en Afrique du Sud mais "la discrimination s'impose dans les faits", analyse l'historien Benjamin Stora. Aux élections, la voix d'un Européen vaut celles de sept Algériens, souligne-t-il.

La Toussaint rouge, qui va conduire en France à la chute de la IVe République, mettra fin à tout espoir de solution politique par le biais d'une égalité citoyenne entre Européens et "indigènes".

Le Front de Libération Nationale (FLN), mouvement nationaliste radical porté par de jeunes militants et reconnu en 1955 à la conférence de Bandung des Non-alignés, ne voulait rien d'autre que l'indépendance, finalement obtenue en 1962 au prix de centaines de milliers de morts. Il revendique 1,5 million de "martyrs". Les historiens français parlent de 500.000 morts.

"Une poignée d'hommes ont décidé de changer le cours de l'Histoire, après que les mouvements politiques, toutes tendances confondues, eurent épuisé tous les moyens de lutte", a rappelé vendredi M. Bouteflika dans un message adressé aux Algériens.

Il a dénoncé un colonialisme "qui a manié le sceptre de fer d'un despotisme sauvage, sans précédent, confisquant à ce peuple toute dignité et tout repère spirituel et matériel, pour se convaincre de sa mainmise définitive sur l'Algérie et sur ses richesses".

- 'Cette légitimité s'étiole' -

Aujourd'hui encore, les vétérans de la guerre et les ayants droits forment la base du pouvoir à Alger. Et le ministère des Moudjahidine dispose d'un des plus importants budgets.

Pour être éligible à la Présidence de la République, stipule la Constitution, le candidat doit "justifier de la participation à la Révolution du 1er Novembre 1954" s'il est né avant juillet 1942, âgé donc de 20 ans à l'indépendance.

Si le candidat est né après cette date, il doit "justifier de la non-implication" de ses parents "dans des actes hostiles à la Révolution". Cette disposition exclut de la course les enfants de "harkis", supplétifs algériens de l'armée française pendant la guerre.

"En Algérie, la lutte pour l'indépendance est la matrice originelle du pouvoir, aussi bien politique que militaire, tel qu'il s'est déployé, dans ses différentes formes depuis 1962", analyse l'universitaire Karim Amellal.

"Dans l'histoire de l'Algérie indépendante, le point de départ et la référence ultime, c'est la lutte pour l'indépendance. C'est donc de cette période qu'il faut se prévaloir. C'est dans ce passé que le pouvoir doit puiser la légitimité dont il a besoin au présent", insiste-t-il. Quitte, selon lui, à enjoliver l'histoire officielle.

Et pour avoir été "l'instrument de l'émancipation nationale", le FLN "est aujourd'hui encore le seul véritable dépositaire de la légitimité révolutionnaire, c'est-à-dire en l'absence d'une source de légitimité vraiment démocratique, de la légitimité du pouvoir algérien", analyse encore M. Amellal.

Jusqu'en 1989, le FLN jouissait du statut du parti unique, fonctionnant sur le modèle soviétique. Aujourd'hui, il est majoritaire au Parlement.

Jusqu'à quand? "Plus le temps passe, plus on s'éloigne de cette période de la guerre de libération, plus cette légitimité s'étiole", répond M. Amellal.

L'universitaire estime que la "légitimité révolutionnaire est devenue un fond de commerce pour une élite militaire qui a pris le pouvoir en 1962".

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