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A Pyongyang, la Foire internationale est surtout chinoise

Avec deux tiers d'exposants nord-coréens, et les reste des entreprises venant quasiment toutes de Chine, la 13e Foire internationale de Pyongyang, qui a ouvert lundi, porte bien mal son nom.

Huit trains de sanctions, toujours plus sévères, de la part du Conseil de sécurité de l'ONU pour pousser Pyongyang à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique, ont isolé progressivement son économie.

La dernière résolution, votée il y a deux semaines après le sixième essai nucléaire, interdit à quelques exceptions près toutes les coentreprises avec les sociétés nord-coréennes, et exige la fermeture de celles déjà existantes sous 120 jours.

L'unique entreprise européenne présente est la société italienne de transport maritime OTIM, qui fut en 2001 le premier transporteur de l'Union européenne a ouvrir un bureau à Pyongyang.

Les affaires étaient au départ bonnes, se souvient le président d'OTIM Mario Carniglia, mais "les sanctions sont arrivées et les choses sont devenues de plus en plus difficiles".

Aujourd'hui, l'entreprise achemine essentiellement les cargaisons d'aide humanitaire envoyées dans le cadre des programmes de l'ONU et de l'UE. Son activité de fret commercial est "désormais pratiquement nulle".

- Accordéons -

Parmi les rares produits nord-coréens qui sont encore exportés à destination de l'Europe, souligne M. Carniglia, figurent les pièces détachées d'accordéons. Un instrument populaire au Nord.

"Mais seulement les pièces détachées parce qu'un accordéon entier est considéré comme un produit de luxe et on ne peut pas en importer de Corée du Nord en Europe", relève-t-il.

L'ambassadeur de Russie en Corée du Nord, Alexandre Matsegora, indique lui à l'AFP que contrairement aux années passées, aucune entreprise russe n'est présente: "Peut-être ne s'intéressent-elles pas à ce marché".

Selon les organisateurs, 253 exposants dont 81 étrangers participent à cette Foire qui se tient dans un vaste hall installé dans les faubourgs de Pyongyang.

L'un des mieux placés, près de l'entrée, est le stand officiel de la Syrie, qui présente une petite sélection de tissus aghabani, utilisés principalement pour fabriquer des nappes brodées damassées, et des barres de savon d'Alep.

Cuba et l'Indonésie sont les deux seuls autres pays à être dotés d'un stand officiel.

De leur côté, la plupart des entreprises chinoises sont en fait des commerçants venus vendre de l'électroménager à des particuliers, et non des fabricants en quête de contrats de longue durée avec des partenaires nord-coréens.

Li Likun, de la Shenyang Xiangbo Trading Company, propose notamment des machines à massage.

C'est sa cinquième ou sixième visite, dit-il: "Chaque fois que je viens, c'est de mieux en mieux."

- "Défi pour le gouvernement" -

Depuis l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un fin 2011, la Corée du Nord tolère de plus en plus les initiatives privées et permet la prolifération de petits entrepreneurs qui font commerce de produits alimentaires ou de biens arrivant de Chine.

Une "libéralisation" toute relative qui s'est imposée du fait des carences catastrophiques du régime lors de la famine de la fin des années 1990.

Pyongyang ne publie aucune statistique officielle, mais la banque centrale sud-coréenne pense que l'économie du Nord a enregistré en 2016 sa croissance la plus forte en 17 ans du fait notamment d'une hausse de ses exportations, et ce en dépit des sanctions internationales.

Pour l'heure, les affaires vont "bien", assure, dans les allées de la Foire Kim Kum-Ran, un participant nord-coréen. "Mais ça va se corser."

"Si seulement les Américains arrêtaient de nous torturer avec leurs sanctions inutiles et nous reconnaissaient en tant qu’État nucléaire", se prend-il à rêver. "Le commerce serait libre et il y aurait la paix dans le monde."

A en croire l'Agence coréenne pour la promotion du commerce et de l'investissement (KOTRA), basée au Sud, les exportations nord-coréennes se sont élevées l'an dernier à 2,8 milliards de dollars et les importations à 3,7 milliards. La Chine comptant pour 90% de ces échanges.

"Le commerce avec la Chine, bien sûr, se poursuit", confie Peter Ross, qui travaille pour un programme de développement de l'Union européenne à Pyongyang.

Les sanctions, souligne-t-il cependant, "rendent les choses de plus en plus difficiles pour ce pays", la population ne pouvant plus espérer d'amélioration de sa vie quotidienne.

"C'est un défi que le gouvernement va devoir relever", dit-il.

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