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Universités: les présidents de fac interpellent l'Etat, la contestation s'installe

La grande majorité des présidents d'université a réclamé jeudi des moyens pour ne pas "condamner à l'échec" la réforme de l'accès au supérieur, interpellant le gouvernement alors que la contestation s'installe dans la durée dans plusieurs facs comme à Nanterre.

Au total, quatre universités restent totalement bloquées et une dizaine de sites (sur 400) perturbés pour protester contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), accusée par ses détracteurs d'instaurer un système de "sélection" déguisée.

Dans une tribune publiée sur le site du Monde, un collectif de 63 présidents, sur un total de 73, prennent la défense de cette réforme en affirmant qu'elle "n'est en rien une sélection". Mais, ajoutent-ils, elle "impose de déployer des moyens humains (...) et financiers".

La loi portée par la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal permet d'"organiser un accompagnement vers la réussite pour l'ensemble des lycéens qui auront fait le choix de l'université", poursuivent-ils.

Remettre en cause la réforme "serait à la fois nier la réalité vécue et continuer de sacrifier une partie de la jeunesse", estime le collectif. Mais la mettre en œuvre "sans moyens nouveaux (...) serait la condamner à l'échec", ajoutent-ils.

En mars, Frédérique Vidal avait annoncé le déblocage de 10 millions d'euros supplémentaires pour financer les "parcours personnalisés" créés par la réforme et destinés aux lycéens acceptés sous conditions dans la filière de leur choix.

Au total, le gouvernement a prévu d'engager 500 millions d’euros sur cinq ans, en plus des 450 millions promis dans le cadre du "grand plan d'investissement" annoncé en septembre, pour créer notamment des places dans les filières en tension ou accompagner davantage les étudiants.

Mais pro et anti réforme se retrouvent sur un point: l'université française restera sous-financée, d'autant que le nombre d'étudiants a fortement augmenté.

"J'entends que tout n'est pas parfait, je l'ai toujours dit. Il y a des choses qui peuvent s'améliorer", a reconnu mercredi Frédérique Vidal qui s'est dit "toujours ouverte à la discussion".

- Occupation levée à Sciences Po -

Lancée depuis plusieurs semaines, la contestation s'enracine en tout cas dans plusieurs facultés.

A Nanterre, l'un des points chauds de la mobilisation, plus d'un millier d'étudiants ont voté jeudi en assemblée générale la reconduction jusqu'au 2 mai du blocage de l'université, paralysée depuis lundi en pleine semaine de partiels.

Les étudiants grévistes ont appelé à reconduire la grève contre une loi qui "procède à un véritable tri social", et se sont félicités de "l'ampleur" de la mobilisation.

Lors de cette AG sous tension, des étudiants opposés au blocage se sont fait entendre. "Où est le progrès lorsque nos études sont bloquées, lorsque des projets sont mis en péril ?" a déclaré au micro Xavier, un étudiant en droit.

Le blocage persiste également à Tolbiac, autre site emblématique de la contestation. Jeudi, le tribunal administratif a jugé qu'il appartenait au préfet de police de décider s'il y avait lieu de faire intervenir les forces de l'ordre pour évacuer le site, bloqué depuis le 26 mars.

Il a ainsi rejeté la requête du syndicat étudiant de droite UNI, opposé à ce blocage, qui souhaitait que le tribunal ordonne à la préfecture de police d'intervenir et fasse ainsi droit à la requête du président de l'université.

A la fac Paul-Valéry de Montpellier, bloquée depuis mi-février, les étudiants restaient déterminés au lendemain d'une décision de justice les enjoignant de quitter les lieux "sans délai".

Si la police intervient, "on reviendra le lendemain", ont affirmé plusieurs étudiants lors d'une assemblée générale.

La mobilisation est en revanche en suspens à Sciences-Po Paris, temple de l'élite républicaine dont une partie avait été occupée mardi soir et mercredi. Un temps fermé par la direction, l'accès principal a été rouvert aux personnels jeudi en attendant une AG prévue dans la soirée.

Mercredi, six présidents d'université avaient appelé le gouvernement à "ouvrir rapidement des négociations avec toutes les parties prenantes de ce conflit", personnels et étudiants, dans une première tribune publiée sur le site de l'Etudiant.

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