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Procès Tron: une accusatrice raconte sa "sidération"

"J'étais incapable de réagir": une accusatrice de Georges Tron, jugé pour viols en réunion, a décrit jeudi devant les assises de Seine-Saint-Denis sa "sidération" quand elle s'est retrouvée, selon elle, entre les mains du maire et de son ancienne adjointe.

L'ex-secrétaire d’État à la Fonction publique et maire en exercice de Draveil (Essonne) est accusé par deux anciennes employées municipales de viols et agressions sexuelles avec la participation de son ex-adjointe à la Culture, Brigitte Gruel. Tous deux clament leur innocence.

Jugé dans le sillage de l'affaire Weinstein, le scandale avait éclaté en mai 2011, dix jours après la retentissante arrestation à New York de Dominique Strauss-Kahn, alors patron du Fonds monétaire international.

Vêtue de noir, jusqu'à l'élastique qui retient ses longs cheveux blonds, Virginie Ettel, 40 ans, a expliqué avoir décidé de porter plainte avec Eva Loubrieu peu avant l'affaire DSK.

La personnalité qu'elles accusent se trouvant alors au gouvernement, elles font le choix d'un avocat "avec une grande gueule" - Gilbert Collard, futur député apparenté FN du Gard - pour les représenter.

Quand elle entend Georges Tron tenir des propos compatissants à l'égard de la femme de chambre qui accusait DSK de viol, Virginie Ettel demande à l'avocat d'accélérer le dépôt de plainte. "Je me suis mise dans une colère pas possible", se souvient-elle.

Les plaignantes, qui ont depuis changé d'avocats, affirment que la pratique de la réflexologie plantaire, "passion" du maire de Draveil, était le prélude à des attouchements et des pénétrations digitales entre 2007 et 2010.

Virginie Ettel est revenue sur la première agression dont elle dit avoir été victime en novembre 2009 à l'issue d'un déjeuner avec le maire, l'adjointe et des pêcheurs.

Elle affirme que Georges Tron et Brigitte Gruel lui avaient déjà caressé les pieds sous la nappe pendant le repas. "J'essayais de faire abstraction pour être la plus naturelle possible devant les convives", dit celle qui était alors secrétaire à la mairie.

Une fois ces derniers partis, raconte-t-elle, "Mme Gruel a défait mon chemisier, baissé mon soutien-gorge" avant que Georges Tron ne remonte sa jupe. L'élu LR lui aurait alors caressé le sexe avant de la pénétrer avec un doigt.

- Tentative de suicide -

Elle se tamponne régulièrement les yeux avec un mouchoir : "J'étais incapable de réagir, j'étais plus concentrée sur le battement de mon coeur."

La seconde scène de triolisme lui a, selon elle, été imposée début janvier 2010 au domicile de l'adjointe, où il lui avait été demandé d'apporter l'agenda du maire.

Là encore, elle ne manifeste pas son opposition : "Je me suis pas laissé faire, c'est mon corps qui m'a pas permis de réagir", insiste-t-elle, évoquant sa "sidération".

Pourquoi ne pas quitter la mairie ? Son époux - à qui elle ne parle pas des agressions - "ne m'a pas donné l'autorisation pour démissionner", explique Virginie Ettel, divorcée depuis 2013.

L'enquête a montré qu'elle s'était trompée sur plusieurs dates : celle du repas en question ainsi que celle d'une tentative de suicide qu'elle avait située en décembre alors qu'elle avait en fait eu lieu le soir du déjeuner.

"C'est compliqué, quand on est sous le choc, d'avoir une cohérence", a-t-elle justifié.

Elle avait par ailleurs menti en disant à des collègues souffrir d'un cancer de l'utérus. "Pour moi c'était la seule arme possible, je pensais que comme ça je ne serais plus agressée. (...) J'en suis désolée mais je ne le regrette pas, car à partir de ce moment-là je n'ai plus eu de problème."

Georges Tron, qui dénonce un "complot", avait démissionné de ses fonctions de secrétaire d’État à la Fonction publique (2010-2011) peu après l'éclatement de l'affaire, mais pas de sa mairie, à la tête de laquelle il a été réélu en 2014.

En raison de son ancrage en Essonne - maire de Draveil (30.000 habitants) depuis 1995, conseiller départemental et ancien député (1993-2010, 2011-2012) - le procès a été dépaysé à Bobigny.

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