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Brésil: Temer mobilise les forces de sécurité pour lever les barrages routiers

Le président Michel Temer a ordonné vendredi la mobilisation des forces de sécurité fédérales pour lever les barrages routiers qui paralysent le Brésil depuis le début de la semaine tandis que la mairie de Sao Paulo décrétait l'état d'urgence.

Dans une allocution télévisée au ton solennel, le très impopulaire président brésilien a annoncé "avoir mobilisé les forces de sécurité" pour dégager les routes du pays.

"Nous n'allons par permettre que la population n’ait pas accès à des produits de première nécessité (...), que les hôpitaux n’aient pas les médicaments nécessaires pour sauver des vies", a expliqué le chef de l'Etat.

"Nous avons accepté les douze revendications prioritaires des routiers, qui se sont engagés à mettre fin aux barrages immédiatement. Mais malheureusement une minorité radicale a continué de bloquer les routes", a-t-il ajouté, en référence aux sept heures de négociations de la veille.

"Le gouvernement a eu le courage de dialoguer, le gouvernement aura le courage d'exercer son autorité", a-t-il relevé.

Peu avant, la mairie de Sao Paulo, capitale économique du pays, a décrété l'état d'urgence, une mesure extrême.

"Cette mesure permet à la municipalité de réquisitionner ou saisir des biens privés, comme par exemple du combustible qui serait stocké dans une station-service", a expliqué la mairie dans un communiqué.

En dépit de l'annonce la veille par le gouvernement d'un accord sur une trêve de quinze jours avec des représentants de plusieurs syndicats, la mobilisation restait très importante vendredi.

Au cinquième jour de ce mouvement contre la hausse du prix du diesel, de nombreuses routes restaient bloquées par des barrages dans tout le pays, ainsi que l'accès aux raffineries, la plupart des stations-service de nombreuses grandes villes étant à sec.

La situation était également critique dans la capitale Brasilia, avec l'annonce de l'annulation des premiers vols, dont deux internationaux, les réserves de kérosène de l'aéroport local étant épuisées.

La compagnie américaine American Airlines a annulé un vol en provenance de Miami qui aurait dû atterrir à Brasilia dans la matinée, ainsi que celui du soir qui devait repartir de la capitale brésilienne à destination de la Floride.

Pourtant, le gouvernement affichait un certain optimisme jeudi soir, une partie des dirigeants syndicaux s'étant engagés à "suspendre le mouvement de grève pendant 15 jours, jusqu'à une nouvelle rencontre avec le gouvernement" en échange notamment de la suppression d'une taxe sur le diesel.

La trêve négociée la veille n'ayant clairement pas été respectée, le chef du gouvernement Eliseu Padilha a affirmé à des journalistes qu'il fallait "donner du temps" aux leaders syndicaux pour convaincre les grévistes de se démobiliser.

Mais pour l'Association brésilienne des Camionneurs (Abcam), syndicat qui représente 700.000 chauffeurs routiers, "l'idée est de maintenir la grève, les barrages routiers".

"L'Abcam n'est pas d'accord (avec la trêve) parce que (le gouvernement) n'a pas tenu sa promesse initiale d'annuler les taxes avant la fin de la semaine", a expliqué une porte-parole de ce syndicat à l'AFP.

- Chaînes de montage à l'arrêt -

Les problèmes d'approvisionnement majeurs causés par cette grève ont affecté l'ensemble de l'économie, dans cet immense pays qui n'a quasiment pas de réseau ferroviaire et où 60% du transport de marchandises s'effectue par la route.

Les exportations du pays sont en passe d'être fortement affectées, et l'industrie automobile est déjà totalement à l'arrêt.

Les usines automobiles ne reçoivent plus de pièces détachées et ne peuvent pas non plus acheminer les véhicules fabriqués vers les concessionnaires.

Dans de nombreuses grandes villes brésiliennes, les automobilistes ont affronté depuis plusieurs jours d'immense files d'attente pour faire le plein. Mais vendredi, de nombreuses stations-service étaient désertées, car totalement à sec.

La télévision brésilienne Globonews a également montré vendredi les étals du marchés au gros de Rio de Janeiro pratiquement vides, de nombreux supermarchés étant également à cours de produits frais.

Cette situation chaotique porte un rude coup à la crédibilité du gouvernement du président Michel Temer, à moins de cinq mois de la présidentielle d'octobre.

"Cela montre à l'opinion publique et au marché, au Brésil et à l'étranger, que le gouvernement Temer est un gouvernement nain, sans aucun pouvoir", a affirmé à l'AFP l'analyste politique André César, du cabinet de consultants Hold.

Si le mouvement dure, les conséquences économiques risquent d'être catastrophiques pour un pays qui a du mal à se remettre sur pied après la récession historique de 2015-16.

Les prix du diesel ont fortement augmenté récemment en raison de la hausse du cours du pétrole et d'une nouvelle politique de tarifs de Petrobras, qui s'est alignée depuis la fin 2016 sur les cours internationaux.

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