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Abattoir du Vigan: un jugement emblématique attendu à Alès

C'est un jugement emblématique que doit rendre vendredi matin le tribunal correctionnel d'Alès, qui se prononce après un procès sans précédent portant sur des cas de maltraitance d'animaux au sein de l'abattoir du Vigan (Gard), révélés par une vidéo de l'association L214.

L'affaire avait éclaté en février 2016 avec la diffusion des images choc par l'association L214, fondée par un couple de "vegans" qui militent contre la consommation de tout produit animal, et plus particulièrement de viande. Ces images tournées en caméra cachée --une méthode contestée par la défense lors du procès des 23 et 24 mars-- montraient des animaux mal étourdis, égorgés ou recevant des coups répétés à la matraque électrique et avaient immédiatement suscité une vague de réprobation.

"Ce procès et votre décision seront une étape importante dans le débat sur la protection animale", a déclaré au tribunal le procureur de la République d'Alès Nicolas Hennebelle lors de l'audience, requérant un an de prison avec sursis contre le principal accusé, Marc Soulier, ex-employé de l'abattoir jugé pour "sévices graves", "actes de cruauté" et "mauvais traitements". Il a également réclamé contre ce fils d'éleveur âgé de 24 ans une interdiction d'exercer une activité professionnelle dans un abattoir pendant cinq ans, une interdiction de détenir des animaux de rente et 3.400 euros d'amende.

"On cherche à tout prix à mettre un visage sur les dysfonctionnements des abattoirs", a déploré en défense Me Aude Widuch, l'avocate du jeune homme à qui il est notamment reproché des coups d'électronarcose portés sans nécessité sur le museau de brebis. Il est passible de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

- 'Un monde de l'ombre' -

Les accusations de mauvais traitements portées à l'encontre de deux autres employés, Gilles Esteve et Nicolas Garnier, se sont en revanche atténuées lors de l'audience et seules des peines de 150 et 600 euros d'amende ont été requises contre eux. Le procureur a également réclamé 6.000 euros d'amende contre la communauté de communes du pays viganais qui gère l'établissement.

Lors du procès, de longs extraits des vidéos de L214 ont été visionnés dans le prétoire, où les échanges se sont souvent transformés en débats sur les conditions de travail et sur la mise à mort des animaux dans les abattoirs.

"On vit la mort cinq jours sur sept", a témoigné Marc Soulier, entré à 15 ans à l'abattoir du Vigan comme apprenti boucher. Pour expliquer son attitude, le jeune homme a mis en cause "les cadences" imposées, "les surcharges de travail". Gilles Estève, titulaire d'un CAP de "tueur dépeceur" depuis 1979, a abondé dans son sens: “C'est un métier dangereux, vous savez, les gens qui nous forment n'ont jamais mis les pieds dans un abattoir".

Pour Sébastien Arsac, co-fondateur et porte-parole de L214, le procès a fait éclater au grand jour "le drame des abattoirs", qui sont habituellement "un monde de l'ombre".

"A la fin, il faudra toujours un homme derrière un couteau pour continuer à manger de la viande", a pourtant martelé Me Ghilhem Deplaix en défense du principal prévenu.

Le jugement devrait constituer une étape importante dans le combat de L214, dont les vidéos tournées principalement dans des abattoirs ont débouché sur la mise en place d'une commission parlementaire qui a préconisé 65 mesures dont le renforcement de la vidéosurveillance, l'intervention de vétérinaires et la formation des employés.

Le jugement de vendredi est également très attendu par une association de petits éleveurs bio de la région du Vigan, qui entend reprendre à l'été 2017 la gestion de l'abattoir dans le respect de l'éthique.

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