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Roissy: ADP et 3 sociétés seront jugés pour l'effondrement du terminal 2E

Ouvrage de prestige du premier aéroport français, le terminal 2E de Roissy s'était effondré moins d'un an après son inauguration, faisant quatre morts : après 13 ans d'enquête, le groupe Aéroports de Paris et trois autres sociétés seront jugés devant un tribunal correctionnel.

Au petit matin du 23 mai 2004, la voûte du terminal 2E s'effondre sur une trentaine de mètres, tuant quatre voyageurs étrangers âgés de 27 à 37 ans : une Libanaise, une Ukrainienne et deux Chinois.

Sept personnes sont également blessées, dont deux policiers de la police aux frontières (PAF) qui venaient d'être dépêchés sur place après le signalement d'une fissure.

L'aérogare le plus prestigieux de Roissy avait été inauguré seulement onze mois plus tôt.

Dans son ordonnance rendue mardi, le juge d'instruction chargé de l'affaire renvoie quatre sociétés devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour homicides et blessures involontaires, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier, confirmant une information d'Europe 1.

Figure en premier lieu le groupe ADP en tant que maître d'ouvrage (concepteur) et maître d'oeuvre (client) du terminal 2E, mais aussi le constructeur GTM, filiale du géant du BTP Vinci, le bureau d'études Ingerop et le groupe d'inspection et de certification Bureau Veritas.

Les experts ont évalué à 50% la part de responsabilité technique d'ADP, contre 25% pour Ingerop, 15% pour GTM et 10% pour Veritas.

Il leur est reproché d'avoir sous-estimé la faible résistance de la voûte en béton armé de cette structure, "très proche de la ruine dès sa conception".

Le terminal 2E, dessiné par l'architecte Paul Andreu, par ailleurs concepteur de l'opéra de Pékin, avait représenté un investissement global de l'ordre de 650 millions d'euros pour ADP, dont 150 millions d'euros pour la jetée d'embarquement où l'effondrement avait eu lieu.

- "Amateurisme' -

Analyses techniques, rapports d'experts, auditions contradictoires... Au terme d'une instruction fleuve, marquée par de nombreux changements de magistrats instructeurs, le parquet de Bobigny avait requis en 2014 le renvoi en correctionnel des quatre sociétés.

Gérard Chemla, avocat de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), partie civile dans ce dossier, a dit à l'AFP "regretter" de voir cette décision "intervenir si longtemps après les faits". Il espère désormais un procès "avant la fin du premier semestre 2018".

Critiquant l'"amateurisme du projet, qui a changé tout au long de la construction", l'avocat estime que "dans l'édification de cet aérogare, on a perdu de vue la sécurité au profit du prestige".

Contactés par l'AFP, ADP n'a pas souhaité faire de commentaire tandis que les trois autres entreprises n'avaient pas encore réagi.

L'enquête administrative, réalisée dans les semaines ayant suivi le drame, avait conclu à un défaut de réalisation et de conception du bâtiment, la section effondrée étant considérée comme trop fragile, dès l'origine.

Le terminal 2E "relevait d'une conception innovante et audacieuse, mais aussi complexe voire hasardeuse", avaient souligné les enquêteurs.

Un diagnostic confirmé par les multiples expertises judiciaires, qui ont mis en lumière un "manque d'attention à tous les niveaux de l'opération", révélant un "défaut de coordination et de supervision" aux "conséquences gravissimes". Ainsi, la "multiplication des intervenants" a eu pour effet qu'aucun n'avait de "vision d'ensemble".

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