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Barrage: les élus du Tarn suspendent le chantier et renvoient la balle à l'Etat

Le conseil général du Tarn a suspendu vendredi pour une période indéfinie le chantier du barrage de Sivens, sans parler d'abandon et en demandant à l’État d'assumer ses responsabilités sur un dossier qui est devenu une affaire nationale.

"Le drame intervenu dans la nuit de samedi à dimanche conduit l'assemblée départementale à prendre acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier", a déclaré devant le conseil général son président socialiste.

Thierry Carcenac faisait allusion à la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, mort dimanche sur le site de construction de cette modeste retenue d'eau qui sème la discorde depuis 2011. Les élus ont observé une minute de silence en mémoire du manifestant à l'ouverture de la session.

Le conseil général a ensuite entériné la suspension du chantier, sans vote. Les élus n'ont pas débattu publiquement d'un possible abandon du projet, réclamé par de nombreux opposants locaux et des leaders écologistes nationaux.

"On a décidé de suspendre les travaux (...) Sans définir de délai. Mais ce n'est pas un abandon", a insisté devant la presse Didier Houlès, vice-président divers-gauche du conseil général, renvoyant la balle vers l’État.

"On demande à l’État de prendre aussi ses responsabilités. La gestion de l'eau lui incombe! C'est un débat qui nous dépasse, qui est devenu une affaire nationale", a-t-il lancé.

"Il y a en fait la confrontation politique de deux mondes, la fin d'un mode productiviste et les revendications de tous ceux qui prônent la décroissance ou la croissance verte", a ajouté le vice-président.

Le président Carcenac, qui n'a eu de cesse de rejeter un abandon du projet, a en revanche appelé à "mettre en œuvre les préconisations des experts" qui avaient été mandatés par la ministre de l’Écologie Ségolène Royal.

Ces ingénieurs recommandent de poursuivre le projet mais de réduire le volume d'eau destiné à l'irrigation afin d'en minimiser l'impact environnemental.

Faisant référence à ces recommandations, M. Carcenac a "demandé à l’État de les étudier et d'en assumer toutes les conséquences".

Pierre Verdier, conseiller général divers gauche, a lui aussi pointé l’État du doigt. "On voulait faire croire que la décision était à prendre par le département, alors qu'elle est au niveau de l’État", a-t-il déclaré.

- "Grande frustration" -

Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe de nombreux opposants au barrage, a fait part de sa "grande frustration".

Il a jugé que le conseil général avait laissé le dossier "dans le flou le plus total", en ne disant pas pour combien de temps était suspendu le chantier, toujours occupé par des centaines d'opposants.

"On n'a pas lutté des années contre ce barrage inutile et Rémi n'est pas mort le weekend dernier pour que l'on se contente de promesses", a-t-il ajouté devant le siège du conseil général, où 200 opposants environ ont manifesté dans le calme.

"J'aurais préféré bien sûr qu'on dise qu'on arrêtait tout", a déclaré à l'AFP le seul des 46 conseillers généraux à avoir voté contre le projet, Jacques Pagès (DVG).

La secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse a, sur Public Sénat, répété son appel à "arrêter" et non pas "suspendre ce barrage", "pas à cause de la violence" mais "parce qu'il est inutile."

L'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot a par ailleurs accusé le Premier ministre Manuel Valls d'avoir "dégradé la situation" en employant un "ton martial".

Le projet de barrage-réservoir avait été approuvé en mai 2013 par le conseil général à une écrasante majorité, un seul des 46 conseillers généraux se prononçant contre.

Mais la mort de Rémi Fraisse a tout bouleversé. L'enquête privilégie désormais la thèse d'un décès dû à l'explosion d'une grenade offensive lancée par un gendarme.

Dans un communiqué commun, de nombreux acteurs de Midi-Pyrénées et d'Aquitaine, notamment les chambres d'agriculture, de commerce et d'industrie ont appelé au maintien du projet, déclaré d'utilité publique.

"La violence ne doit pas s'opposer aux règles démocratiques et aboutir au blocage des projets de développement, nécessaires à l'économie", selon le texte, également signé des Fédérations des syndicats d'exploitants agricoles et Jeunes agriculteurs.

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