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Au Royaume-Uni, l'appel d'une nouvelle vie pour les cabines téléphoniques rouges

"Ça sent bon", dit un passant en reniflant le fumet de ragoût provenant d'une cabine téléphonique rouge, en plein centre de Londres, dont la reconversion lui a permis de réchapper à la disparition promise par l'omniprésence du téléphone portable.

Tous les midis, des dizaines d'employés de bureaux ont pris l'habitude de venir s'approvisionner auprès de cette cabine de Bloomsbury Square, réaménagée en 2016 pour pouvoir contenir un petit frigo surmonté d'étagères où trônent les plats. Ils apprécient surtout les généreuses salades à savourer dans le jardin public adjacent durant les beaux jours.

Comme ce mini-restaurant de vente à emporter qui, froid hivernal oblige, vient de décider de fermer temporairement jusqu'au printemps, des milliers d'autres cabines publiques à travers le Royaume-Uni se sont vu offrir une nouvelle vie.

Souvent abandonnées et vandalisées, certaines ont été transformées en bibliothèques, galeries d'art ou centres d'information, d'autres en cafés ou petits magasins de chapeaux, quand elles n'abritent pas un défibrillateur cardiaque.

-Modèle "K6"-

Depuis le pic de 92.000 atteint en 2002, le nombre de téléphones publics a fondu comme neige au soleil au pays de Sa Majesté: il n'en compte plus que 42.000, dont 7.000 cabines rouges mondialement connues et chouchou des touristes.

Le géant britannique des télécoms BT, qui prévoit d'en supprimer 20.000 supplémentaires ces cinq prochaines années, argue du fait que plus de la moitié des appareils sont déficitaires alors que leur maintenance lui coûte 5 millions de livres (5,7 millions d'euros) par an. Trente-trois mille appels sont passés quotidiennement par leur biais, soit une chute de plus de 90% en dix ans.

Pas question pour autant de se résoudre à éradiquer du paysage les installations les plus iconiques. La plus connue, le modèle "K6" en fonte rouge avec une couronne moulée en bordure de son toit bombé, fut la première à être installée de manière standard dans tout le pays. Elle a été dessinée par l'architecte britannique Giles Gilbert Scott pour le jubilé d'argent du roi George V en 1935.

"Nous recherchons des alternatives" pour répondre aux nouveaux besoins des consommateurs, explique Mark Johnson, chargé des téléphones publics chez BT, à l'AFP.

- 'Héritage' -

Plusieurs centaines de cabines accueillent désormais un distributeur de billets, d'autres sont en cours de remplacement par des bornes wi-fi gratuites et ultra-rapides financées par la publicité, tandis que BT réfléchit aussi à la possibilité d'en transformer en bornes de recharge pour véhicules électriques.

D'autres encore sont rénovées et mises en vente par l'opérateur, via un revendeur agréé, pour un prix de départ de 2.750 livres hors TVA (plus de 3.100 euros). Ou cédées pour juste une livre à des collectivités locales ou associations désireuses de leur donner une nouvelle fonction. Ce programme "adopter une cabine" a déjà permis d'en sauvegarder plus de 5.000.

"Il s'agit de préserver l'héritage du Royaume-Uni", dit Mark Johnson.

La société Red Kiosk Company, qui reverse une partie de ses revenus à des associations d'aide aux sans-abri, est un des bénéficiaires. Elle a déjà racheté 124 "red phone boxes" inutilisées qu'elle reloue ensuite pour 360 livres TTC (410 euros) par mois.

"Tout en sauvant une infrastructure historique, vous créez de l'emploi et régénérez une zone", explique son directeur Edward Ottewell à l'AFP. Outre le coût du réaménagement, les autorisations administratives sont parfois difficiles à obtenir, déplore-t-il toutefois.

Le loyer modeste permet à de jeunes entrepreneurs, souvent réfrénés à Londres par les montants prohibitifs des locations commerciales, de se lancer. "C'est le seul lieu que nous pouvions nous permettre, parce qu'il ne fait qu'un mètre carré", rigole Ben Spier, le fondateur du bar à salades de Bloomsbury Square.

Red Kiosk compte aussi parmi ses clients... une société de réparation de téléphones portables, Lovefone.

"Un passant m'a demandé un jour si je ne me sentais pas claustrophobe", raconte à l'AFP le réparateur, Fouad Choaibi, logé dans la cabine équipée d'une petite table, de rangements pour les pièces détachées et d'un petit chauffage. Mais "je n'ai qu'à faire un pas et je suis sorti du bureau", plaisante-t-il.

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