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Le vote à l'ONU pour un cessez-le-feu en Syrie repoussé à samedi

Les avions du régime syrien ont déversé vendredi, pour le sixième jour consécutif, leurs bombes sur le fief rebelle de la Ghouta orientale, alors qu'au Conseil de sécurité de l'ONU le vote tant attendu sur une trêve d'un mois a été repoussé à samedi.

Depuis dimanche, 468 civils, dont 108 enfants, ont péri selon une ONG dans de violents raids aériens et tirs d'artillerie incessants menés par l'armée du président Bachar al-Assad contre cette enclave assiégée près de Damas.

Prévu ce vendredi, le vote au Conseil de sécurité a été repoussé à plusieurs reprises, avant d'être finalement décalé à samedi, à 17H00 GMT. Les négociations se poursuivent pour éviter un veto de la Russie, allié indéfectible du régime syrien, et un nouveau texte de résolution prévoyant un cessez-le-feu immédiat, sans les 72 heures de délai initialement envisagées, a été finalement mis au point. Mais il ne pourra pas être soumis au vote avant samedi.

Faisant fi des appels internationaux, le régime de Damas a de nouveau bombardé la Ghouta orientale, à coups de bombes, de barils d'explosifs et d'obus, faisant vendredi 38 morts dont 11 enfants, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Cette campagne aérienne est d'une rare intensité, même pour un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts. Elle est le prélude à une offensive terrestre de l'armée pour reprendre la Ghouta selon un média proche du pouvoir et l'OSDH.

A Douma, principale ville du fief rebelle, des habitants se sont aventurés dans les rues pour acheter à manger pour leurs familles terrées dans les sous-sols, ou s'enquérir de la santé de proches, selon un correspondant de l'AFP. Mais ils ont dû courir à la recherche d'un abri après de nouveaux tirs de roquettes.

Dans un hôpital de la ville, les secouristes ont transporté un jeune garçon, blessé à l'oeil, le visage couvert de sang. "Est-ce que je vais voir à nouveau?" demande-t-il au médecin.

- 'Cesser le massacre' -

Soumis à un siège asphyxiant depuis 2013 par les forces du régime, les quelque 400.000 habitants de la Ghouta subissent au quotidien pénuries de nourriture et de médicaments.

Le projet de résolution en discussion au Conseil de sécurité réclame un cessez-le-feu de 30 jours dans toute la Syrie, destiné notamment à distribuer de l'aide humanitaire et permettre des évacuations médicales dans la Ghouta orientale.

Désormais, les discussions porteraient notamment sur les "garanties" réclamées par Moscou sur le respect d'un cessez-le-feu par les groupes rebelles, dont ceux de la Ghouta orientale.

L'exclusion des groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Al-Qaïda d'un cessez-le-feu est maintenue. A la demande de Moscou, cette exclusion concerne aussi désormais "d'autres individus, groupes, entités associées avec Al-Qaïda et l'EI, ainsi que d'autres groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité".

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont demandé au président russe Vladimir Poutine d'approuver le projet de résolution.

"Ce que la Russie, l'Iran et la Syrie ont fait récemment est une honte humanitaire", a pour sa part martelé le président américain Donald Trump.

Mais cette effervescence diplomatique est loin de convaincre sur place.

"L'ONU se dit préoccupée et demande un cessez-le-feu mais au final ils ne nous ont rien apportés", lâche Abou Moustafa, un habitant de Douma. "Au quotidien, il y a des frappes, des destructions, c'est à faire pleurer les pierres, chaque jour quelqu'un perd un proche".

Selon l'OSDH, l'aviation de la Russie, qui aide militairement le régime dans le conflit, participe aux frappes sur la Ghouta, ce que Moscou dément.

La Ghouta est le dernier bastion des rebelles aux portes de Damas, d'où les combattants tirent régulièrement des obus sur la capitale, fief du régime. Ces bombardements ont fait près d'une vingtaine de morts depuis dimanche.

Vendredi, un hôpital de Damas a été touché par des bombardements rebelles, causant des dommages, selon l'agence officielle Sana.

- 'Nouvel Alep' -

Le scénario qui se déroule dans la Ghouta n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé dans plusieurs fiefs rebelles, dont la ville d'Alep en 2016, écrasée par des bombardements et un siège asphyxiant pour forcer les combattants antirégime à déposer les armes.

Les principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane ont rejeté toute évacuation de civils et de combattants.

Jeudi, le représentant syrien à l'ONU, Bachar Jaafari, a réitéré la détermination du régime à reconquérir l'ensemble du territoire, y compris la Ghouta. "Oui la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep".

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques pro-démocratie, le conflit en Syrie qui a opposé d'abord les rebelles au régime, s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l'appui militaire de Moscou, le régime qui était en mauvaise posture a renversé la donne en multipliant les victoires face aux rebelles et aux jihadistes, jusqu'à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

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