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Feu de Vitrolles. Son "geste fou" a sauvé la vie d'un homme

Les héros du feu survenu en aout 2016 à Vitrolles ont récemment été décorés par le Département des Bouches-du-Rhône. Parmi eux, l'adjudant-chef Jérôme Laruelle a reçu la médaille d'argent pour acte de courage et dévouement. Rencontre.
Maritima : Comment a commencé pour vous cette terrible journée du 10 août 2016 ?

Adjudant-Chef Laruelle : En tant que chef de groupe urbain isolé, je me suis auto-engagé dans le secteur sud de Vitrolles après avoir entendu le message de mon chef de centre, disant que le feu avait sauté la barrière rocheuse. En 2004 un feu similaire avait déjà ravagé la totalité du plateau, je savais donc qu'il y avait fort faire.

Maritima : Qu'avez-vous découvert dans ce secteur ?

Adjudant-Chef Laruelle : Lorsque je suis arrivé sur place le feu était d'une rare intensité et avait déjà parcouru les six kilomètres de la barrière rocheuse. Il évoluait très vite et il n'y avait malheureusement plus d'homme ni d'engin disponible. C'est là qu'une personne est venue me demander d'aller chercher son père, coincé dans un champ, il venait de lui dire qu'il était brûlé sur toute une partie du corps.

Maritima : Et vous avez accepté...

Adjudant-Chef Laruelle : Je me suis rendu jusqu'à l'entrée de la piste DFCI permettant d'y accéder, et c'est vrai qu'à ce moment-là, cela a été une décision difficile à prendre pour moi. Je n'étais pas dans un véhicule prévu pour réaliser ce type d'intervention, et surtout j'étais seul et isolé. Il y avait un mur de flammes face à moi, et je me suis demandé s'il fallait que j'y aille ou pas. J'ai hésité pendant 10, 20, peut-être 30 secondes, je ne peux pas exactement vous dire. J'ai un petit garçon de 4 ans et demi, et j'ai pensé qu'il serait peut-être orphelin dans la soirée...

Maritima : Quels sont les éléments qui vous ont incité à y aller ?

Adjudant-Chef Laruelle : Je me suis équipé de la tête au pied, j'ai mis mon compteur kilométrique à zéro, en me disant que de toute manière j'étais capable de parcourir 100 mètres en apnée, et qu'au pire, si je ne pouvais pas aller plus loin, j’abandonnerais le véhicule et reviendrais sur mes pas en courant. Lorsque j'ai réussi à passer le mur de flammes, derrière tout était brûlé, il y avait de la fumée partout. J'ai ensuite poursuivi ma reconnaissance sur 2,5 kilomètres, et j'ai retrouvé le monsieur, qui était allongé dans un champ à côté de sa voiture calcinée.

Maritima : Et il était encore vivant ?

Adjudant-Chef Laruelle : Ce qui lui a sauvé la vie, c'est qu'il a réussi à creuser un trou dans la terre pour mettre sa tête à l'intérieur, ce qui lui a permis de respirer. Malheureusement l'incendie l'a quand même brûlé sur les avant-bras, les cuisses, et les fesses. Je l'ai récupéré dans mon véhicule et l'ai ramené sur la piste où j'ai immédiatement demandé une ambulance, qui l'a amené très rapidement sur la clinique de Marignane, où il a reçu les premiers gestes de secours. J'ai eu récemment l'occasion de le rencontrer, et il m'a remercié d'être allé lui porter secours.

Maritima : Cet acte héroïque a du vous bouleverser, y repensez-vous souvent ?

Adjudant-Chef Laruelle : Aujourd'hui c'est une grande fierté, évidemment, mais lorsque j'y repense, en toute humilité, je me demande si je le referais. Parce que c'est quand même un geste fou d'être parti seul. Je me suis longtemps posé cette question après coup, mais je n'ai toujours pas trouvé de réponse, un jour c'est oui, un jour c'est non. Ce jour-là c'était oui, tant mieux, car j'ai réussi à sauver ce monsieur, et tout s'est bien passé.

En vidéo, l'interview de l'adjudant-chef Jérôme Laruelle au micro de Michel Montagne / Maritima Médias)

(à regarder également, récompensé lors de la même cérémonie, le très beau geste d'un pizzaïolo de Martigues)

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