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Entretien avec François Bourasse, directeur de la raffinerie Total La Mède

C'est en 2016 que sera lancé le projet de reconversion de la plateforme de La Mède. Un projet baptisé "Phoenix" dont l'objet principal est la création d'une bioraffinerie d'ici 2017. Quels sont les enjeux? Entretien avec François Bourasse, le directeurOù en est le projet de reconversion de la plateforme de La Mède et quel est son intérêt ?

Il avance, conformément à nos plans. Une cinquantaine de personnes y travaille actuellement. Ce projet vise à assurer un avenir au site. Nous allons investir 200 millions d’euros dans la création de la première bioraffinerie française. Un outil de taille mondiale dont la capacité de production s’établit à 500 000 tonnes par an. C’était 4 millions avec le raffinage du brut, mais ce marché n’est plus pérenne. On l’a vu à l’occasion de la Cop 21, les enjeux climatiques nous obligent à penser autrement. Le 100% hydrocarbures n’est pas la bonne solution. Depuis longtemps Total a misé sur l’énergie solaire. Aujourd’hui, on prend le virage des biocarburants. C’est un challenge, une opportunité car c’est un marché qui ne peut être qu’en croissance, contrairement à celui des hydrocarbures. C’est le sens des dernières directives européennes et de la loi de transition énergétique. 

Va-t-on encore raffiner du pétrole brut à La Mède ?

Non. Nous raffinerons des huiles usagées ou des résidus d’huile, complémentées par des huiles végétales, qui seront ensuite mélangées au diesel. Nous allons donc conserver l’unité appelée le réformeur qui servira à alimenter cette bioraffinerie.

Vous allez utiliser de l’huile de palme, dont la production extensive est responsable d’une déforestation massive…

Il s’agira d’huile de palme certifiée qui respecte des critères précis. Mais l’objectif à terme est d’aller vers la production de biocarburants de deuxième génération  (NDLR : produits à partir de déchets ou de résidus végétaux qui n’entrent donc pas en concurrence avec l’alimentation humaine). Aujourd’hui, c’est de l’huile de palme, mais demain ça pourrait être du colza par exemple. On investit un nouveau domaine qu’il va falloir défricher.

En dehors de la bioraffinerie, quels sont les autres projets pour le site ?

Nous aurons à La Mède un centre de formation aux métiers du raffinage, de la chimie, de l’exploration et de la maintenance industrielle, en partenariat avec l’IFP ( Institut français du pétrole, à Martigues). Certaines de nos unités qui vont être arrêtées seront reconverties pour que les élèves puissent manipuler en conditions réelles. Des formations en adéquation avec les besoins de notre territoire industriel. À la place des bacs de stockages à proximité du terrain de football, nous allons installer une ferme solaire d’une capacité de 8 MW. Cela correspond à la consommation d’une ville de 13 000 habitants. Nous disposerons d’une plateforme logistique et de stockage de produits finis et d’une unité de production d’AbBlue, un additif au diesel permettant de transformer les polluants en vapeur d’eau ou en azote.

En quoi cette reconversion est-elle un véritable projet industriel ?

C’est un projet industriel car nous gardons des unités, nous en modifions d’autres et nous en construisons. Nous allons conserver le réformeur, une partie de la distillation, de la boucle HP, une chaudière. Nous allons également en construire une nouvelle. 200 millions d’euros seront investis. L’impact ne sera pas neutre sur l’économie locale. Le projet Phoenix tel qu’il est bâti s’appuie également sur les compétences de nos salariés. Nous restons des raffineurs, même si la nature du produit à traiter est différente.

Que vont devenir les 180 salariés de la raffinerie concernés par des suppressions de postes ?

Nous sommes aujourd’hui 430 et nous serons 250 d’ici 2022. Il n’y aura pas de licenciement, ni de mutation géographique forcée. Il faut essayer de faire en sorte que cette phase de réduction d’effectif se transforme en opportunité. Nous avons réalisé en interne plus de 400 entretiens. Nous avons travaillé sur mesure, avec chaque personne. Un tiers des 180 postes supprimés est concerné par un plan de préretraite qui s’échelonne jusqu’en 2022. Une trentaine sera réorientée vers la branche exploration et production. Une dizaine reste dans le raffinage et la chimie mais sur d’autres sites du groupe, y compris Naphtachimie. D’autres salariés ont souhaité quitter Total pour réaliser des projets personnels, créer leur entreprise…

Et les sous-traitants dont l’activité est liée à celle de la raffinerie ?

Nous allons les accompagner de la même façon que les salariés : diagnostiquer leur niveau de dépendance, les orienter vers d’autres activités… Jusqu’en 2019, ces entreprises sous-traitantes vont devoir faire face à un surcroît d’activité avec la mise en place du projet Phoenix. Ensuite, il y aura forcément une baisse. Le groupe a mis en place à La Mède une cellule chargée de cette question du soutien aux PME : Total développement régional. Elle est déjà intervenue dans la reconversion des sites de Carling ou Lacq avec l’objectif de recréer des filières d’avenir, porteuses d’emplois, d’aider les entreprises à s’implanter. Il est de notre responsabilité, en tant qu’acteur du territoire, d’accompagner le changement.

Certaines organisations syndicales dénoncent l’état de vétusté des installations de la raffinerie…

La sécurité est notre priorité. C’est la base de notre métier. Nous continuons d’investir sur le site, plus d’une dizaine de millions d’euros par an. Rien n’est fait au rabais et nous continuerons ainsi jusqu’au dernier jour.

L’alkylation a d’ores et déjà été arrêtée, mais il reste dans l’unité de l’acide fluorhydrique, un produit très corrosif et toxique. Que comptez-vous en faire ?

Cet acide est présent dans l’unité depuis sa mise en service dans les années 80. Arrêter de telles installations ne se fait pas tous les jours. Nous prenons le temps de réfléchir pour savoir quelle est la meilleure solution technique pour sortir les 40 tonnes présentes dans l’unité car nous avons l’habitude de recevoir ce produit, pas de le sortir. Il sera ensuite acheminé par camion.

La future configuration du site aura-t-elle un impact sur le PPRT ?

La partie industrielle se concentrera à l’est du site, côté Châteauneuf. Donc forcément, Martigues sera moins impactée par le nouveau plan de prévention des risques technologiques. Nous sommes en train de réaliser de nouvelles études de dangers. Dans nos nouvelles activités, il n’y aura plus d’hydrogène sulfuré (H2S), mais toujours de l’hydrogène et des unités sous haute pression par exemple.

Propos recueillis par Caroline Lips pour Maritima Médias

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